jeu 23 septembre 2021 - 04:09

À l’abri d’Abraxas

On appelait abraxas des amulettes se rattachant aux gemmes apotropaïques (qui éloignent le mal), sur lesquelles figurait un dieu-serpent à tête d’épervier.

Elles étaient abondantes dans le bassin méditerranéen, en Égypte plus particulièrement[1]. Parce que divinité solaire, Abraxas fut aussi associé par les anciens à Yahweh, à Mithra, à Belenus et même à Yeshu (Jésus).

Basilide[2] pensait qu’à défaut du nom inconnaissable du Dieu suprême, on devait pouvoir lui trouver une désignation de substitution. Pour lui, le Dieu suprême réunissait le Logos et ses Perfections se reflétant dans des émanations, les unes dans les autres, jusqu’à 365 mondes ou Cieux, dieux secondaires qui présidaient aux  jours de l’année. Les gnostiques le désignaient par des périphrases comme «Celui dont le nombre est 365». De lui procédait le pouvoir magique des sept voyelles, des sept notes de la gamme, des sept planètes, des sept métaux[3], des quatre semaines du mois lunaire. Quel que fût le nom de l’ineffable, le gnostique était sûr que ce nom participait de deux nombres magiques 7 et 365. À cette fin, en combinant ces deux nombres, Basilide forgea le mot Abraxas (αβραχασ) qui a sept lettres et dont la valeur numérique en grec est 365 rejoignant ainsi le αγιον ονομα (agnion onoma, le Saint nom en grec) dont la valeur est également de 365.

Sur ce même dénombrement, Saint Jérôme, fait correspondre Abraxas au nom mystique et caché de Mithra – ou du Soleil –  mot dont la somme des lettres grecques (αβραξας) donne le nombre 365 correspondant aux jours d’une année solaire.

Dans le même ordre d’idée de Dieu caché, on peut voir sur les illustrations les voyelles IAO ou en grec  ΙΑω. Une explication en serait l’indication que l’abraxas est Jéhovah, une association entre les consonnes de YHVH et les voyelles d’Adonaï pour une prononciation de substitution permettant de vocaliser le tétragramme. Jehova signifie la présence du tétragramme, tout en rendant visible le Nom de Dieu qu’il ne faut pas essayer de prononcer[4].

Encore au Moyen âge, ces gemmes furent considérées comme des amulettes douées d’un pouvoir magique. Portées au cou, sur la poitrine, au bras ou montées en bague, elles étaient supposées guérir tous les maux. Ces remèdes trouvèrent crédit chez des auteurs comme Gerbert, Avicenne, Albert le Grand, et même chez Thomas d’Aquin qui s’intéressait aux propriétés curatives des gemmes. Ce genre spécial de glyptique a atteint son apogée aux IIe et IIIe siècles.

Cette créature apparaît sur l’un des sceaux de l’Ordre des Chevaliers du Temple.

Certains hauts dignitaires de l’Ordre utilisaient le sceau Abraxas pour leurs missives confidentielles, comme l’atteste l’inscription Secretum Templi qui l’accompagne. Le Temple utilisa les Abraxas dès la période d’Hugues de Payns, lequel en hérita de la famille des comtes de Champagne qui en réactiva l’usage.

L’emploi de l’Abraxas ne fut nullement l’apanage des seuls Templiers. Son utilisation fut constante durant tout le Moyen âge, répandue au sein des corporations, notamment celles des maîtres maçons et des tailleurs de pierres, de la bourgeoisie et de la noblesse[5].

Selon certains démonographes[6], l’abraxas apparaît sous la forme d’une chimère à tête de coq, des pieds de dragon et un fouet à la main. D’autres prétendent qu’il se montre avec une tête de roi portant une couronne et des serpents à la place des pieds.

Carl Gustav Jung énumère tant de ses caractéristiques cataphatiques que l’on  pourrait dire qu’abraxas est pour lui l’être et le non-être. Pour lui, l’Abraxas symbolise la totalité représentée par le Plérôme et sa manifestation efficiente :

«…Il est le Plein qui s’unit au vide. Il est l’accouplement sacré. Il est l’amour et son meurtre. Il est le sacré et son délateur. Il est la plus claire lumière du jour et la nuit la plus profonde de la folie. Le voir, c’est la cécité, Le connaître, c’est la maladie, L’adorer, c’est la mort, Le craindre c’est la sagesse, Ne pas lui résister, c’est la libération…[7]» .W. King, auteur de The Gnostics and their remains, considère le mot abraxas comme équivalant à l’hébreu Shem hamphorasch, le nom développé de Dieu.

Hermann Hesse exploite le sujet dans son œuvre Demian. Il le définit comme une divinité ayant la tache de concilier l’élément divin et l’élément démoniaque, à l’opposé du Dieu biblique qui, lui, ne reflète que la partie noble et lumineuse de la Vie : «So we had Abraxas the god who was both God and Devil»[8].

Plusieurs Loges maçonnique de divers pays ont choisi «Abraxas» comme nom distinctif.

On complètera ces propos avec l’article «Abraxas» : en.wikipedia.org/wiki/Abraxas


[1] Le Dieu-serpent protecteur du foyer était connu sous l’épithète d’Agathodémon (le bon génie). J. A. De Goulianof, Archéologie égyptienne ou recherche sur l’expression des signes hiéroglyphiques et sur les éléments de la langue sacrée, tome 2, à partir de la p.274 sur : google.fr/books?vid=HARVARD:HWTQCF&printsec=titlepage&redir_esc=y#v

[2] Le Pythagoricien d’Alexandrie, 90 av. J.-C.

[3] L’or, l’argent, l’étain, le cuivre, le fer, le plomb, le mercure

[4] La première utilisation de cette forme serait attribuée au moine catalan Raymundus Martini dans son Pugio Fidei.

[5]: histoire-templier.blogspot.com/2011/01/labraxas-panthee.html

[6] Jacques Collin de Plancy , Dictionnaire Infernal, 1863,  p. 4 : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5754923d/f15  

[7] Les sept Sermons aux morts, sermons 2 et 3 : abrasax.alloforum.com/jung-sept-sermons-morts-t3887-1.html

[8] P. 103 passim : holybooks.com/wp-content/uploads/Demian-By-Hermann-Hesse.pdf

Solange Sudarskis
Maître de conférence honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", lauréat de l'Académie maçonnique de France (Essais et symbolisme)

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