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Le 13 septembre 1877, à Paris, le convent du Grand Orient de France révise l’article premier de sa Constitution et supprime la formule qui faisait de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme des principes de la franc-maçonnerie. Le rapporteur de ce vœu est un pasteur protestant du Gard, Frédéric Desmons, qui plaide pour une maçonnerie fondée sur la liberté absolue de conscience. Le vote, acquis à une large majorité de délégués, fait du GODF une obédience adogmatique. Il provoque la rupture avec la Grande Loge unie d’Angleterre et fixe pour longtemps la ligne de partage entre maçonnerie dite « libérale » et maçonnerie dite « régulière ».
Date : 13 septembre 1877
Lieu : Paris, France
Une formule inscrite en 1849

Depuis sa Constitution de 1849, adoptée au lendemain de la révolution de février 1848, le Grand Orient de France affirme dans son article premier que la franc-maçonnerie a pour principes l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. Au fil des années, cette formule est perçue par une partie croissante des loges comme une profession de foi imposée, peu compatible avec l’idéal de tolérance revendiqué par l’Ordre.
Dans les années 1860 et 1870, le débat s’intensifie. La France vit les débuts difficiles de la Troisième République et l’affrontement entre républicains et monarchistes catholiques ; nombre de loges comptent des libres penseurs, des positivistes et des protestants libéraux, qui jugent qu’un engagement métaphysique n’a pas à conditionner l’entrée en maçonnerie.
Le vœu de Villefranche-sur-Saône
Le point de départ formel est un vœu, le vœu n° IX, présenté par la loge La Fraternité progressive de Villefranche-sur-Saône, qui demande la révision de l’article premier. Frédéric Desmons est désigné comme rapporteur devant le convent réuni à Paris en septembre 1877. Dans son rapport, il demande la suppression d’une formule qu’il juge inutile et étrangère au but de la maçonnerie, et souhaite que celle-ci demeure une institution ouverte à tous les progrès.
Le 13 septembre 1877, la majorité des délégués suit le rapporteur. Le nouvel article premier ne fait plus référence à Dieu ni à l’immortalité de l’âme : il met en avant la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Les sources consultées ne donnent pas le décompte précis des voix, mais toutes soulignent l’adhésion massive de l’assemblée.
Frédéric Desmons, un pasteur au service de la liberté de conscience
Pasteur protestant et docteur en théologie, Frédéric Desmons est initié le 8 mars 1861 à la loge L’Écho. En 1867, il fonde la loge Le Progrès à Saint-Geniès-de-Malgoirès, dans le Gard, dont il devient vénérable en 1870, puis entre au conseil de l’ordre du GODF en 1873. Élu conseiller général en 1877, il sera ensuite député puis sénateur du Gard à partir de 1894.
Les historiens insistent sur un point souvent oublié : Desmons n’a jamais défendu un athéisme obligatoire. Resté profondément déiste, il voulait non pas exclure les croyants, mais cesser d’imposer une croyance. Il présidera le conseil de l’ordre à cinq reprises, de 1889 à 1891, de 1896 à 1898, de 1900 à 1902, de 1905 à 1907, puis à partir de 1909, jusqu’à sa mort le 4 janvier 1910.
Une rupture dans le paysage maçonnique mondial

La décision du convent est immédiatement lue à l’étranger comme un abandon d’un fondement de l’Ordre. Dès 1878, la Grande Loge unie d’Angleterre rompt ses relations avec le Grand Orient de France, suivie par de nombreuses obédiences anglo-saxonnes. Dans les années suivantes, les références au Grand Architecte de l’Univers disparaissent progressivement des rituels du GODF.
Cette fracture structure encore la franc-maçonnerie : d’un côté, les obédiences qui exigent la croyance en un Être suprême et la présence du Volume de la Loi sacrée ; de l’autre, une maçonnerie adogmatique qui laisse chacun libre de ses convictions. C’est en partie pour offrir un cadre reconnu par Londres que naît en France, en 1913, la Grande Loge nationale indépendante et régulière, future GLNF.
Postérité et mémoire
Le 13 septembre 1877 est devenu une date emblématique pour le Grand Orient de France, qui y voit l’acte fondateur de son identité laïque et de son attachement à la liberté absolue de conscience. La figure de Desmons reste honorée : une loge du GODF porte depuis 2017 le nom de Frédéric Desmons Laïcité. Pour les obédiences dites régulières, la même date marque au contraire le moment où le GODF s’est éloigné des Landmarks.
Repères chronologiques
- 1849 : la Constitution du Grand Orient de France inscrit l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme parmi ses principes.
- 8 mars 1861 : initiation de Frédéric Desmons à la loge L’Écho.
- 13 septembre 1877 : le convent du GODF supprime l’obligation de croire en Dieu.
- 1878 : la Grande Loge unie d’Angleterre rompt avec le Grand Orient de France.
- 1889 : Desmons est élu pour la première fois président du conseil de l’ordre.
- 4 janvier 1910 : mort de Frédéric Desmons.
- 1913 : fondation en France de la Grande Loge nationale indépendante et régulière, future GLNF.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Convent, Grand Architecte de l’Univers mal interprété (antimaçonnisme).

