Patente d’Étienne Morin, Grand Inspecteur des hauts grades, 27 août 1761 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 27 août 1761, à Paris, le négociant bordelais Étienne Morin reçoit des dignitaires de la Grande Loge de France une patente qui le nomme « Grand Inspecteur » et l’autorise à propager les hauts grades lors de son prochain voyage en Amérique. Ce document, dont l’original a disparu et dont on ne connaît que des copies divergentes, est l’un des actes les plus discutés de l’histoire maçonnique. Il est pourtant à l’origine d’une chaîne de transmission qui mène, des Antilles à Charleston, au Rite écossais ancien et accepté, aujourd’hui l’un des rites les plus pratiqués au monde.

Date : 27 août 1761
Lieu : Paris, France

Le contexte : la floraison des hauts grades

Patente d’Étienne Morin, Grand Inspecteur des hauts grades, 27 août 1761
Source : Wikimedia Commons – Joseph Vernet – Public domain

Dans les années 1740-1750, la maçonnerie française voit se multiplier les grades dits « écossais », qui prolongent le grade de Maître. Bordeaux, port tourné vers les Antilles, en est l’un des foyers. À Paris, un « Souverain Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, Sublime Mère Loge écossaise » est inauguré en 1758 pour gouverner ces degrés. Les colonies d’Amérique, où circulent marins, négociants et officiers, offrent un vaste champ d’expansion.

L’homme : Étienne Morin, négociant entre deux rives

Né vers 1717, peut-être près de Cahors (un acte de l’Amirauté de 1762 le dit natif de cette ville, sans confirmation par les registres paroissiaux), Étienne Morin commerce entre Bordeaux et les Antilles. En 1744, il reçoit aux Antilles le grade de la Voûte royale. Capturé par les Anglais en 1745 et conduit à Londres, il y obtient confirmation de ses grades. Le 8 juillet 1745, il ouvre à Bordeaux une loge des Élus Parfaits de Saint-Jean d’Écosse, puis contribue à fonder une loge au Cap-Français, à Saint-Domingue, en 1748.

L’événement : la patente du 27 août 1761

Le 27 août 1761, à Paris, Morin reçoit une patente délivrée au nom de la Grande Loge des Maîtres de Paris, dite de France, par ses Substituts généraux et ses officiers, avec la participation, pense-t-on, du Grand Conseil des Loges régulières. Selon les copies, il y est nommé « Grand Inspecteur pour toutes les parties du Monde » ou « dans toutes les parties du Nouveau Monde ». La patente lui donne pouvoir, lors de son prochain voyage en Amérique, de constituer des loges et de propager les « sublimes grades de la Haute Perfection ».

Un document perdu et controversé

L’original a disparu. Le chercheur Guy Chassagnard a recensé une dizaine de copies, datées de 1768 à 1898, qui diffèrent parfois sensiblement les unes des autres. Les historiens se demandent si certaines formules n’ont pas été enrichies par Morin lui-même pour asseoir son autorité, et si le Grand Conseil a réellement pris part à l’acte. La patente demeure néanmoins le titre de légitimité invoqué par tous ceux qui se réclameront ensuite de Morin.

Les suites immédiates

Patente d’Étienne Morin, Grand Inspecteur des hauts grades, 27 août 1761
Source : Wikimedia Commons – Bellin, Nicolas – Public domain

Le 27 mars 1762, Morin quitte Bordeaux pour les Antilles. Capturé de nouveau par les Anglais et ramené à Londres, il y rencontre le comte Ferrers, ancien Grand Maître de la Grande Loge d’Angleterre, qui étend la validité de sa patente aux loges des Antilles britanniques. En 1763, il arrive à Saint-Domingue, où il s’appuie sur ce document pour fonder un Conseil des Princes du Royal Secret et nommer des Inspecteurs, parmi lesquels Henry Andrew Francken, de Kingston.

Portée : la matrice du REAA

Grâce à la patente, Morin diffuse aux Antilles un système de vingt-cinq degrés, l’Ordre du Royal Secret ou Rite de Perfection. Francken le porte à Albany, dans la colonie de New York, en 1767. C’est sur cette base qu’est fondé en 1801, à Charleston, le premier Suprême Conseil du Rite écossais ancien et accepté, en trente-trois degrés, sous l’impulsion de John Mitchell et Frederick Dalcho. Le comte de Grasse-Tilly en rapporte le rite en France, où il fonde un Suprême Conseil en 1804.

Postérité et mémoire

La patente de 1761 est aujourd’hui présentée par les Suprêmes Conseils comme un jalon essentiel de leur généalogie, et le nom de Morin est honoré à Bordeaux, où une journée lui a été consacrée en 2013. Les débats sur l’authenticité des copies, loin d’affaiblir le document, en ont fait un objet d’étude privilégié de l’histoire des hauts grades.

Repères chronologiques

  • 8 juillet 1745 : Morin ouvre à Bordeaux la loge des Élus Parfaits de Saint-Jean d’Écosse.
  • 1758 : inauguration à Paris du Souverain Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident.
  • 27 août 1761 : patente de Grand Inspecteur délivrée à Morin.
  • 27 mars 1762 : Morin quitte Bordeaux pour les Antilles.
  • 1763 : arrivée de Morin à Saint-Domingue.
  • Novembre 1771 : mort de Morin à Kingston (Jamaïque).
  • 31 mai 1801 : fondation du Suprême Conseil de Charleston.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Patente, Suprême Conseil.

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