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Le 21 mai 1883, le jeune avocat parisien Alexandre Millerand, 24 ans, est initié à la loge L’Amitié. Il entre en maçonnerie l’année même où il se fait connaître en défendant les grévistes de Decazeville, à l’aube d’une carrière qui le mènera du radicalisme au socialisme indépendant, puis à la présidence de la République de 1920 à 1924. Son appartenance maçonnique, qui dure jusqu’en 1905, illustre la place des loges dans la formation des élites républicaines des années 1880, au moment où se construit la République laïque.
Date : 21 mai 1883
Lieu : Paris, France
Un jeune avocat républicain

Né à Paris le 10 février 1859, Alexandre Millerand se forme au droit et devient secrétaire de la conférence des avocats du barreau de Paris. En 1883, il se fait remarquer en défendant, avec Georges Laguerre, les meneurs de la grève de Decazeville. Il remplace ensuite Laguerre au journal de Georges Clemenceau, La Justice, organe du radicalisme.
L’initiation de 1883
C’est dans ce contexte que Millerand est initié, le 21 mai 1883, à la loge L’Amitié (parfois orthographiée « L’Amitiée » dans les notices). Il en restera membre jusqu’en 1905. Les sources consultées ne précisent pas l’obédience de l’atelier ni les raisons de son départ.
L’entrée en loge est alors un passage fréquent pour les jeunes républicains ambitieux. Les années 1880 sont celles des lois scolaires de Jules Ferry et d’un fort engagement des loges en faveur de la laïcisation ; elles offrent un réseau, une tribune et un lieu de débat aux futurs cadres du radicalisme et du socialisme.
Du radicalisme au socialisme
Élu député de la Seine en 1885 comme radical-socialiste, Millerand évolue vers le socialisme. Il prend la tête des socialistes indépendants, une soixantaine de députés, et dirige leur journal, La Petite République. Son programme prône la propriété collective des moyens de production et l’association internationale des travailleurs.
En juin 1899, il entre comme ministre du Commerce dans le gouvernement de « défense républicaine » de Pierre Waldeck-Rousseau, aux côtés du général de Galliffet, qui avait dirigé la répression de la Commune. Cette première participation d’un socialiste à un gouvernement « bourgeois » déclenche un vif débat dans le mouvement socialiste français et dans la Deuxième Internationale.
Le président de la République

Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères à partir du 20 janvier 1920, Millerand est élu président de la République le 23 septembre 1920, après la démission de Paul Deschanel. Il échappe le 14 juillet 1922 à un attentat de l’anarchiste Gustave Bouvet. Critiqué pour avoir soutenu ouvertement les candidats conservateurs aux élections de 1924, il démissionne le 11 juin 1924 face au Cartel des gauches. Il meurt à Versailles le 6 avril 1943.
Un parcours révélateur
La trajectoire de Millerand, entré en loge comme jeune radical et parvenu à l’Élysée comme homme du Bloc national, montre que l’appartenance maçonnique des années 1880 ne détermine pas une carrière entière. Elle rappelle aussi combien les loges ont servi de pépinière au personnel politique de la Troisième République, au-delà des clivages ultérieurs.
Repères chronologiques
- 10 février 1859 : naissance à Paris.
- 1883 : défense des grévistes de Decazeville.
- 21 mai 1883 : initiation à la loge L’Amitié.
- 1885 : élection comme député de la Seine.
- Juin 1899 : ministre du Commerce dans le cabinet Waldeck-Rousseau.
- 1905 : fin de son appartenance maçonnique.
- 23 septembre 1920 – 11 juin 1924 : président de la République.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Loge Mère, Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Haine de la laïcité (antimaçonnisme), Jules Ferry (Personnalité).

