Fondation de la Grande Loge générale écossaise de France à Paris, 22 octobre 1804 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 22 octobre 1804, à Paris, un comité réunissant les grands officiers, les vénérables et les députés de sept loges parisiennes crée la Grande Loge générale écossaise de France. À l’origine du projet, le comte Alexandre de Grasse-Tilly, l’un des fondateurs du Suprême Conseil de Charleston, rentré des Antilles avec le nouveau système de trente-trois degrés. La grande maîtrise est offerte au prince Louis Bonaparte, frère de l’Empereur. Éphémère, puisqu’elle s’efface dès décembre 1804 dans un accord avec le Grand Orient, cette obédience marque l’acte de naissance du Rite Écossais Ancien et Accepté en France.

Date : 22 octobre 1804
Lieu : Paris, France

Le contexte : l’Empire et la maçonnerie

Fondation de la Grande Loge générale écossaise de France à Paris, 22 octobre 1804
Source : Wikimedia Commons – Jacques-Louis David – Public domain

En 1804, la franc-maçonnerie française sort de la tourmente révolutionnaire. Le Grand Orient de France, réunifié en 1799 avec l’ancienne Grande Loge, se reconstruit rapidement : les loges, environ soixante-dix en 1800, sont trois cents en 1803 selon les chiffres réunis par la BnF. Le nouveau régime, proclamé en mai 1804, entend encadrer cette sociabilité plutôt que la combattre, et place des proches de Napoléon à la tête des obédiences.

Parallèlement, les maçons attachés aux hauts grades « écossais » cherchent une structure propre. L’arrivée à Paris de membres du Suprême Conseil de Saint-Domingue, chassés par la guerre d’indépendance haïtienne, leur en offre l’occasion.

Grasse-Tilly et le moment 1804

Alexandre François Auguste de Grasse-Tilly (1765-1845), fils de l’amiral de Grasse, est l’un des onze fondateurs du Suprême Conseil de Charleston, ouvert le 31 mai 1801. Réfugié à Paris en 1804, il y implante le système du 33e degré. Son livre d’or porte des inscriptions des 8 au 16 octobre 1804, et un consistoire des Grands Inspecteurs Généraux se réunit le 17 octobre. Il s’agit désormais de doter le rite d’une obédience symbolique.

La création du 22 octobre 1804

Le 22 octobre 1804, un « Comité général et spécial » rassemble les grands officiers, vénérables et députés des sept loges régulières de Paris attachées à l’écossisme. Il décide la création de la Grande Loge générale écossaise. Le procès-verbal de la première séance est daté du 27 octobre. La grande maîtrise à vie est offerte à Louis Bonaparte (1778-1846), frère de Napoléon ; Grasse-Tilly devient son représentant particulier et préside toutes les séances.

Les autres grands officiers sont choisis parmi les dignitaires du régime : le maréchal Kellermann, le général Valence et le naturaliste Lacépède comme grands administrateurs, Hacquet comme premier grand surveillant. La Grande Loge tient six séances entre le 27 octobre et le 5 décembre 1804 et compte douze loges au moment de sa dissolution.

Un « concordat » dès décembre

Fondation de la Grande Loge générale écossaise de France à Paris, 22 octobre 1804
Source : Wikimedia Commons – Lucile Foulon-Vachot (1775-1865) after a painting by Maritnet engraved by Charon – Public domain

L’existence d’une seconde obédience inquiète le Grand Orient et ne correspond pas aux vues du pouvoir. Les négociations aboutissent à un texte daté du 3 décembre 1804, intitulé De la constitution générale de l’Ordre, approuvé le 5 décembre par la Grande Loge générale écossaise lors de sa sixième séance, puis par le Grand Orient. Les mots « concordat » ou « traité » n’y figurent pas, même si l’historiographie a retenu l’expression de concordat maçonnique. La Grande Loge écossaise se fond dans le Grand Orient, qui se dote d’un Grand Chapitre général, d’un Grand Conseil du 32e degré et d’un Sublime Conseil du 33e. Ce texte est le premier document officiel français à employer l’expression « Rit Écossais Ancien et Accepté ».

Portée et conséquences

L’union est fragile. Dès le 21 mai 1805, le Grand Orient crée un Grand Directoire des Rites, et à l’automne 1805 les écossais reprennent leur autonomie, le Suprême Conseil se réservant la collation des grades à partir du 19e degré. Cambacérès, archichancelier de l’Empire et grand maître adjoint du Grand Orient, devient en 1806 Grand Commandeur du Suprême Conseil, assurant une coexistence pacifique sous l’Empire. La dualité entre un Grand Orient et une structure écossaise, née en 1804, traverse depuis toute l’histoire maçonnique française.

Postérité et mémoire

Le Suprême Conseil de France, organisé définitivement le 22 décembre 1804 selon le récit de Pyron, revendique cette séquence comme sa fondation et a célébré son bicentenaire en 2004. La Grande Loge de France, née en 1894 sous son égide, se rattache elle aussi à cet héritage écossais. Les recherches récentes sur les registres de Grasse-Tilly ont permis de reconstituer précisément la chronologie de l’automne 1804.

Repères chronologiques

  • 31 mai 1801 : ouverture du Suprême Conseil de Charleston.
  • 8-17 octobre 1804 : Grasse-Tilly organise à Paris les premiers Grands Inspecteurs Généraux.
  • 22 octobre 1804 : création de la Grande Loge générale écossaise.
  • 27 octobre 1804 : première séance de la nouvelle obédience.
  • 3-5 décembre 1804 : accord d’union avec le Grand Orient de France.
  • 22 décembre 1804 : organisation définitive du Suprême Conseil de France.
  • 1806 : Cambacérès devient Grand Commandeur du Suprême Conseil.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Suprême Conseil, Grande Loge, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Louis Bonaparte (Personnalité), Alexandre de Grasse-Tilly (Personnalité).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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