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Le 11 décembre 1743, deux jours après la mort du duc d’Antin, les maîtres des loges parisiennes élisent Grand Maître Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, prince du sang et abbé de Saint-Germain-des-Prés. Il l’emporte sur le maréchal de Saxe et le prince de Conti. Le même jour, la Grande Loge adopte des règlements généraux qui affirment son autorité sur les loges régulières. Clermont conserve la charge vingt-huit ans, jusqu’à sa mort en 1771, période d’essor mais aussi de profondes divisions pour la maçonnerie française.
Date : 11 décembre 1743
Lieu : Paris, France
Une maçonnerie française en quête de chef

Introduite à Paris vers 1725, la franc-maçonnerie française s’est donné des Grands Maîtres successifs, dont Charles Radcliffe, comte de Derwentwater, puis le duc d’Antin, élu en 1738. Malgré l’interdiction des réunions par le cardinal de Fleury en 1737 et la bulle pontificale de 1738, les loges se multiplient : on en compte plus de vingt à Paris vers 1745, et au moins autant en province. La mort du duc d’Antin, le 9 décembre 1743, ouvre la succession.
L’élection du 11 décembre 1743
Le 11 décembre 1743, les maîtres des loges de Paris élisent le comte de Clermont. Selon l’historien Thory, douze maîtres votent pour lui ; Naudon en compte vingt. Ses concurrents sont le maréchal de Saxe et le prince de Conti. Une lecture critique des rapports de police et d’un mémoire du notaire Antoine Carbonnel place toutefois l’élection le 12 décembre. Clermont aurait été installé le 27 décembre, selon Thory.
Le comte de Clermont
Né à Versailles en 1709, fils de Louis III de Bourbon-Condé, Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont cumule les dignités : abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés depuis 1737, lieutenant général des armées en 1735, il participe aux campagnes des Pays-Bas et sera battu à Krefeld en 1758. Élu à l’Académie française en 1753, il meurt à Paris le 16 juin 1771. Un prince du sang à la tête des loges assure à la maçonnerie une protection précieuse.
Les règlements de 1743
Les règlements généraux datés du 11 décembre 1743 comptent vingt articles. Ils définissent la Grande Loge comme l’assemblée des maîtres et surveillants des loges, et ne tiennent pour régulières que les loges constituées par elle. L’article 20 vise les « maîtres écossais », qui revendiquent des prérogatives inconnues des anciens usages : ils doivent être traités comme de simples apprentis et compagnons. C’est l’un des premiers témoignages des hauts grades en France. Le titre de « Grand Maître de toutes les loges régulières de France » est consacré par les statuts de 1745.
Un Grand Maître lointain

Dès 1744, Clermont délègue l’exercice du pouvoir à des députés, d’abord le banquier genevois Christophe Jean Baur, puis de Mussel. En 1760, le maître à danser Lacorne se pare du titre de substitut particulier et forme son propre groupe ; en 1762, les factions fusionnent sous l’autorité de Chaillon de Jonville, nommé substitut du Grand Maître. Les conflits s’aggravent jusqu’à la suspension des travaux de la Grande Loge après l’assemblée du 21 février 1767.
Postérité
Les travaux ne reprennent que le 21 juin 1771, après la mort de Clermont. Son successeur, le duc de Chartres, futur Philippe Égalité, préside à la réorganisation qui conduit en 1773 à la naissance du Grand Orient de France. Le long magistère de Clermont reste celui d’une maçonnerie en pleine expansion, mais dont les querelles ont rendu nécessaire une refondation.
Repères chronologiques
- Vers 1725 : première loge parisienne, rue des Boucheries.
- 1738 : élection du duc d’Antin comme Grand Maître.
- 9 décembre 1743 : mort du duc d’Antin.
- 11 décembre 1743 : élection du comte de Clermont et règlements généraux.
- 1745 : statuts consacrant le titre de Grand Maître de toutes les loges régulières de France.
- 21 février 1767 : suspension des travaux de la Grande Loge.
- 16 juin 1771 : mort de Clermont ; 1773 : naissance du Grand Orient de France.
Le saviez-vous ?
Le comte de Clermont fut inhumé à Enghien, tandis que son cœur fut déposé à l’église Saint-Paul-Saint-Louis, à Paris, selon un usage réservé aux grands personnages du royaume. Sa mort, le 16 juin 1771, permit la reprise des travaux de la Grande Loge, suspendus depuis 1767.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Grand Maître, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Louis de Bourbon-Condé (Personnalité).

