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Au 33 de la rue Jean-Jaurès, l’ancienne rue des Arts, un hôtel particulier acquis en 1912 a abrité pendant plus d’un siècle les loges nantaises de plusieurs obédiences : Grand Orient de France, Grande Loge de France, Droit Humain puis Grande Loge Féminine de France. Saisi sous le régime de Vichy, rendu aux francs-maçons après la Libération, doté d’un Grand Temple en 1976 puis entièrement rénové en 2012, l’immeuble a été ravagé par un incendie criminel le 25 août 2017. Cet attentat a conduit les loges de l’agglomération à s’installer à Carquefou en 2021.
Lieu : 33, rue Jean-Jaurès (ancienne rue des Arts), Nantes, France
Construction : 1912 (acquisition) ; Grand Temple inauguré en 1976 ; rénovation 2010-2012
Site officiel : franc-maconnerie-nantes.fr
Un hôtel particulier pour les loges nantaises
La franc-maçonnerie est implantée à Nantes depuis 1744. Au tournant du XXe siècle, plusieurs ateliers y travaillent : La Libre Conscience, installée en 1870, et la loge née en 1901 de la fusion de Paix Union et de Mars et les Arts Réunis, connue sous le sigle PUMAR. Dès 1895, une tenue évoque l’idée d’un local commun pour réduire les frais ; en 1907, les trois loges sont assurées à une même adresse, place de la Bourse.
Le 27 janvier 1912 est fondé le Cercle fraternel d’études sociales, association de la loi de 1901. Le 6 mai 1912, il achète pour 45 000 francs une maison qualifiée d’hôtel au 33, rue des Arts ; un frère avance une partie de la somme, remboursée par les loges jusqu’en 1929. Le rez-de-chaussée reçoit une salle des fêtes, le premier étage un temple, le deuxième le logement du concierge. En 1917, le cercle devient l’Association fraternelle d’études sociales (AFES) ; l’année suivante, la rue des Arts prend le nom de Jean Jaurès.
Un lieu de la gauche républicaine, puis la spoliation
Entre les deux guerres, les salles sont louées à des comités, ligues et partis de la gauche républicaine, dont le Parti communiste, qui doit partir à l’automne 1939 après sa dissolution. Pendant la Première Guerre mondiale, la grande salle avait servi de salle de convalescence.
La loi du 13 août 1940 sur les sociétés secrètes interdit la franc-maçonnerie. En septembre, le parquet demande la dissolution des loges et la mise sous séquestre de leurs biens ; des inventaires sont dressés en 1941 et 1942, des archives disparaissent, et le bâtiment est affecté à divers services de l’État, dont le service des Mines, à partir d’octobre 1943. Le séquestre est levé le 12 juillet 1945, mais les lieux ne sont libérés qu’à l’automne 1946. Remis en état, ils sont inaugurés le 18 janvier 1948 par les grands maîtres de la Grande Loge de France et du Grand Orient de France.
Le Grand Temple de 1976 et la rénovation de 2010-2012
Après-guerre, de nouveaux ateliers apparaissent, dont Sophia en 1952. À partir de 1967 sont étudiés une façade sur la rue de l’Industrie et un Grand Temple au rez-de-chaussée ; financés par des dons, des prêts et une aide du Droit Humain, les travaux aboutissent à l’inauguration du 25 janvier 1976, en présence du grand maître de la Grande Loge de France. En 1979 s’y installe la loge Brocéliande de la Grande Loge Féminine de France.
Jugé vétuste et mal accessible, l’immeuble fait l’objet en 2009 d’un projet de rénovation. Les loges quittent les lieux en janvier 2010 ; escalier neuf, ascenseur, monte-charge et sanitaires adaptés sont installés, et les cinq niveaux réorganisés autour d’un Grand Temple au rez-de-chaussée et d’un petit temple au premier étage. Le chantier, d’un coût de 740 000 euros, s’achève en 2012.
L’incendie criminel du 25 août 2017

Cinq ans seulement après la réouverture, dans la nuit du 25 août 2017, deux feux sont allumés depuis les boîtes aux lettres ; des tags à croix gammée sont relevés. Le Grand Temple est détruit et des documents historiques partent en fumée, parmi lesquels un exemplaire original de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Plus de 700 francs-maçons se retrouvent privés de leur maison commune. Après environ quatre années passées dans des locaux provisoires, les loges gérées par l’association s’installent en octobre 2021 dans de nouveaux locaux à Carquefou.
Les obédiences du 33
La maison de la rue Jean-Jaurès n’a jamais appartenu à une seule obédience : dès 1912, elle réunit la loge PUMAR du Grand Orient de France, La Libre Conscience de la Grande Loge de France et la loge mixte n° 32 du Droit Humain, devenue Guépin en 1925. Cette cohabitation, rare à l’échelle d’une ville, explique la présence conjointe des grands maîtres du GODF et de la GLDF lors de la réinauguration de 1948.
Repères
- Adresse : 33, rue Jean-Jaurès (rue des Arts jusqu’en 1918), Nantes
- Acquisition : 6 mai 1912 par le Cercle fraternel d’études sociales
- Gestion : Association fraternelle d’études sociales (AFES, 1917)
- Obédiences : Grand Orient de France, Grande Loge de France, Droit Humain, Grande Loge Féminine de France
- Séquestre : 1940-1945 ; réinauguration le 18 janvier 1948
- Grand Temple : inauguré le 25 janvier 1976
- Rénovation : 2010-2012 (740 000 euros)
- Incendie criminel : 25 août 2017
Voir aussi dans le glossaire : Temple, Loge Mère.

