S comme Sel en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le sel est l’un des trois principes alchimiques, avec le soufre et le mercure, que le candidat découvre dans le cabinet de réflexion avant son initiation. Posé dans une coupelle, il figure ce qui est stable, fixe et incorruptible : le corps, la matière, ce qui demeure quand le reste s’est évaporé. Héritier de Paracelse et de la tradition hermétique, mais aussi riche d’une longue histoire biblique et domestique, il invite le futur initié à réfléchir à ce qui, en lui, doit être conservé, purifié et rendu solide. Discret, il est pourtant indispensable à l’équilibre du dispositif symbolique du cabinet.

Paracelse et les trois principes

Cabinet de réflexion maçonnique
Cabinet de réflexion maçonnique

L’alchimie médiévale expliquait les métaux par deux principes, le soufre et le mercure. Au XVIe siècle, le médecin suisse Paracelse y ajoute un troisième, le sel, pour former ce que l’on appellera la tria prima. Le soufre est le principe actif et combustible, le mercure le principe volatil et médiateur, le sel le principe fixe qui donne corps et consistance. Les commentateurs les ont rapprochés de l’esprit, de l’âme et du corps. Lorsqu’on brûle un morceau de bois, disait-on, ce qui fume est le mercure, ce qui brûle le soufre, ce qui reste en cendres le sel.

Dans le cabinet de réflexion

Le cabinet de réflexion, petite pièce obscure où le candidat attend avant son initiation, réunit plusieurs objets : un crâne, un sablier, du pain et de l’eau, l’image d’un coq, la formule VITRIOL, et trois coupelles contenant le sel, le soufre et le mercure. On en trouve la trace dans les rites français, au Rite Écossais Ancien et Accepté pratiqué en France et en Belgique, et sous d’autres formes ailleurs. Son origine précise est discutée ; certains auteurs l’ont rapproché d’un rituel hermétique du XVIIIe siècle attribué à Antoine-Joseph Pernety.

Le cabinet est souvent décrit comme un athanor, le four de l’alchimiste, où s’opère la première phase du Grand Œuvre, l’œuvre au noir. Le sel y représente la matière à transformer : le candidat lui-même, avec ce qu’il a de lourd et de fixe, mais aussi ce qu’il a de solide et d’incorruptible.

Le sel dans la Bible et les traditions

  • Conservation : le sel empêche la corruption des aliments ; il devient symbole de fidélité et de durée, d’où l’« alliance de sel » du Livre des Nombres.
  • Sagesse : « Vous êtes le sel de la terre », dit l’Évangile de Matthieu ; le sel donne saveur et sens.
  • Hospitalité : le pain et le sel offerts à l’hôte scellent un lien dans de nombreuses cultures.
  • Purification : le sel entre dans l’eau bénite et dans de nombreux rites de purification.
  • Valeur : le mot « salaire » viendrait du sel donné ou payé aux soldats romains, étymologie discutée mais significative.

Un principe de stabilité

Sel
Source : Wikimedia Commons – auteur inconnu – CC BY 4.0

Face au soufre, qui pousse et brûle, et au mercure, qui circule et relie, le sel fixe. Il est la forme qui permet à l’énergie de durer. Sur le plan moral, il évoque la constance, la mesure, la capacité à garder ce qui a été acquis. Trop de sel rend une terre stérile ; pas assez laisse tout se corrompre. L’équilibre des trois principes est donc essentiel : un être tout de soufre se consumerait, un être tout de mercure se disperserait, un être tout de sel se pétrifierait.

Une méditation pour le candidat

Pour le profane qui attend dans le cabinet, le sel pose une question simple : qu’est-ce qui, en moi, doit être conservé ? Ses convictions, ses fidélités, ses engagements ? Et qu’est-ce qui doit au contraire être dissous ? Le testament philosophique qu’il rédige au même moment prolonge cette réflexion. Le sel rappelle aussi que la transformation initiatique ne détruit pas la personne : elle la purifie et la rend plus solide.

Le saviez-vous ?

Sel
Source : Wikimedia Commons – Unknown authorUnknown author – Public domain

Dans les traités alchimiques illustrés, le sel est souvent représenté par un cercle barré horizontalement, le soufre par un triangle surmonté d’une croix et le mercure par le signe de la planète du même nom. Ces trois signes figurent parfois sur les murs ou les coupelles des cabinets de réflexion.

Pour approfondir

  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééditions).
  • Oswald Wirth, Le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la franc-maçonnerie, 1909 (rééditions Dervy).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Cabinet de Réflexion, Soufre, Mercure, Testament (philosophique), Alchimie, Coq.

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