Nus sous le tablier : la fin d’un privilège qui n’a jamais existé

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D’après un article de Rosmunda Cristiano publié par notre confrère italien expartibus.it

La fin d’un privilège qui n’a jamais existé

Nus sous le tablier : la fin d’un privilège qui n’a jamais existé

« Que peut la Loge pour moi ? » La question n’a pas disparu des entretiens de candidature, même si on la formule rarement aussi crûment. Notre sœur italienne Rosmunda Cristiano lui consacre une réflexion stimulante sur expartibus.it. Sa thèse, en substance : le fameux « privilège maçonnique » relevait davantage du fantasme et des mœurs d’une époque que de la Franc-maçonnerie elle-même, et sa disparition place les initiés devant une exigence autrement plus sérieuse.

Le tablier, passe-droit imaginaire

Tablier de Maître maçon ancien
Le tablier, symbole du travail et non carte d’accès – Photo : Domaine public / Wikimedia Commons

Pour illustrer l’attente qu’elle combat, l’autrice part d’une comédie amère d’Alberto Sordi, Un borghese piccolo piccolo (1977), dont le héros envisage l’initiation comme un moyen de caser son fils. Elle observe que cette vision du tablier comme recommandation n’a pas totalement disparu chez certains postulants, et elle en retrace l’origine : dans l’Italie des décennies d’après-guerre, l’appartenance à une Loge passait, dans l’opinion, pour la clé d’un réseau de faveurs.

Pour Rosmunda Cristiano, ce prétendu privilège tenait surtout à un système plus large, fait de clientélisme et de népotisme, dans lequel la Loge servait tour à tour d’alibi aux uns et de bouc émissaire aux autres, sans nier les dérives réelles et documentées. Lorsque la Première République s’est effondrée au début des années 1990, c’est cet écosystème qui a disparu, bien plus qu’une Franc-maçonnerie qui se serait réformée d’elle-même.

Une dette plutôt qu’un crédit

Buste de Cicéron, musées du Capitole, Rome
Cicéron, auteur du De Officiis – Musées du Capitole, Rome – Photo : Wilfredor / Wikimedia Commons (CC0)

L’autrice appelle à la barre deux auteurs latins, dont les maximes sont bien connues. Cicéron, dans le De Officiis : « Non nobis solum nati sumus », nous ne sommes pas nés pour nous seuls. Et Publilius Syrus : « Beneficium accipere libertatem est vendere », accepter un bienfait, c’est vendre sa liberté. Elle en tire une idée forte : appartenir oblige plus qu’il n’avantage, et celui qui attendait des faveurs de sa Loge se plaçait en réalité dans la dépendance de ceux qui les lui accordaient.

Ce qui reste quand l’alibi tombe

Débarrassée de cette image de puissance, la Franc-maçonnerie se retrouve face à ce qu’elle a toujours affirmé être : une école du travail sur soi. Rosmunda Cristiano s’appuie ici sur l’hermétiste napolitain Giuliano Kremmerz, pour qui la connaissance de soi est le préalable de toute recherche sérieuse. Elle décrit aussi la lente réorientation du nouvel initié qui espérait un carnet d’adresses et découvre l’étude des symboles et des outils, un travail sans bénéfice monnayable hors du Temple.

Sa conclusion se veut lucide plutôt que rassurante : la fin des privilèges n’a pas purifié l’ordre par miracle, elle lui a seulement retiré un prétexte, et oblige désormais chaque candidat à dire honnêtement ce qu’il vient chercher.

Une question qui concerne aussi la France

Si le propos s’ancre dans l’histoire italienne, il résonne largement de ce côté-ci des Alpes, où les fantasmes sur les « réseaux » maçonniques nourrissent encore une bonne part de l’antimaçonnisme ordinaire. Le texte de Rosmunda Cristiano rappelle utilement aux Loges comme aux candidats que la seule véritable plus-value de l’initiation se mesure à l’intérieur, et qu’elle se travaille sur la durée, planche après planche.

Pour lire l’intégralité de la réflexion de Rosmunda Cristiano, « Nudi sotto il grembiule » (en italien) : expartibus.it.

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