Springmeier, Fritz (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Fritz Springmeier, nom de plume d’un auteur américain né Schoof en 1955, est connu pour ses récits sur les « lignées Illuminati », treize familles qui gouverneraient secrètement le monde à travers la franc-maçonnerie, la finance et des programmes de contrôle mental. Diffusés d’abord en autoédition dans les années 1990, ses textes ont connu une large circulation sur Internet et nourrissent encore une partie du complotisme anglophone. Il s’agit d’une personne vraisemblablement vivante : ses thèses sont présentées ici comme des récits, sans valeur probante, et analysées comme telles.

Un auteur de la marge évangélique et complotiste

Springmeier écrit depuis une position chrétienne fondamentaliste qui lit l’histoire comme un combat spirituel. Ses premiers travaux, dont The Watchtower & the Masons, prétendent relier le mouvement des Témoins de Jéhovah et son fondateur Charles Taze Russell à la franc-maçonnerie et aux élites de la côte Est. La plupart de ses livres sont autoédités ou publiés par de petites structures militantes.

Il s’inscrit dans la nébuleuse américaine qui, depuis les années 1980, mêle eschatologie, défiance envers l’État fédéral et dénonciation d’un Nouvel ordre mondial. Son œuvre se situe à la croisée de cette culture et d’un antimaçonnisme plus ancien, hérité de la fin du XVIIIe siècle.

Les treize lignées

Le cœur de son œuvre est un ouvrage diffusé d’abord en version électronique vers 1995, puis publié en 1998 sous le titre Bloodlines of the Illuminati. Il y décrit des familles présentées comme héréditairement liées à un pouvoir occulte : Astor, Bundy, Collins, DuPont, Freeman, Kennedy, Li, Onassis, Rockefeller, Rothschild, Russell, Van Duyn, auxquelles s’ajoutent d’autres noms selon les éditions, ainsi qu’une prétendue lignée mérovingienne.

Le procédé est caractéristique : des familles réelles, souvent célèbres et sans aucun lien entre elles, sont rassemblées dans un même récit par des généalogies approximatives, des coïncidences et des affirmations invérifiables. La franc-maçonnerie y figure comme l’un des instruments par lesquels ces lignées exerceraient leur emprise.

Contrôle mental et satanisme

Avec Cisco Wheeler, Springmeier a publié à partir de 1996 des ouvrages sur une prétendue « formule Illuminati » de contrôle mental. Ces livres reprennent des récits de prétendus programmes secrets et y associent rituels sataniques, abus et dissociation de la personnalité. Ils s’appuient sur la confusion entre des faits historiques avérés, comme les expériences illégales de la CIA connues sous le nom de MK-Ultra, et des témoignages invérifiables.

Ce mélange de réel et d’imaginaire est une méthode bien identifiée par les spécialistes du complotisme : l’existence documentée de certains abus sert de caution à des constructions sans fondement. L’accusation de satanisme portée contre les élites et les loges y retrouve une jeunesse, un siècle après les mystifications de Léo Taxil.

Démêlés judiciaires et diffusion

Le parcours de l’auteur a été interrompu par une affaire pénale sans rapport avec ses écrits. Selon les sources disponibles, il a été condamné en 2003 par la justice fédérale de l’Oregon pour sa participation à un vol à main armée, et libéré en mars 2011. Ses partisans ont présenté cette condamnation comme une persécution ; rien dans les éléments publics ne vient étayer cette lecture.

Ses textes, eux, ont continué de circuler. Ils sont abondamment reproduits sur des sites, des forums et des plateformes vidéo, et une copie numérique de Bloodlines of the Illuminati figurait même parmi les fichiers saisis à Abbottabad, rendus publics par la CIA en 2017. La circulation d’un texte ne dit rien de sa validité, mais elle mesure son pouvoir de contagion.

Ce que révèle ce récit

Les lignées de Springmeier illustrent la forme contemporaine du mythe du complot universel. Le politologue Michael Barkun a montré comment ce type de littérature agrège des thèmes autrefois distincts, Illuminati, francs-maçons, banquiers, extraterrestres ou sociétés secrètes, dans une « super-conspiration » où tout se tient. L’explication par le sang et par la naissance y remplace l’analyse des institutions et des rapports de force. Toute réfutation devient elle-même un indice de la puissance des conjurés, ce qui rend le récit imperméable à la critique.

Pour la franc-maçonnerie, le danger est double : elle se voit assigner un rôle de rouage dans une machinerie imaginaire, et les noms de familles juives présents dans ces listes réactivent des schémas antisémites anciens.

Fritz Springmeier n’a rien révélé ; il a recomposé, à l’âge d’Internet, le vieux récit d’une poignée de familles maîtresses du monde. Son succès tient à la simplicité de la promesse : tout expliquer par quelques noms. Plus une généalogie prétend tout éclairer, plus elle plonge l’histoire dans l’obscurité.

Voir aussi : Illuminati, Nouvel ordre mondial, Accusation de satanisme, Évangélismes et antimaçonnisme, Complotisme, Gouvernement mondial, Élites, Web complotiste.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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