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En 1897, à Montréal, l’ancien maire Honoré Beaugrand participe à la fondation d’une nouvelle loge francophone, L’Émancipation, que le Dictionnaire biographique du Canada qualifie de loge de tendance radicale. Initié en 1873 aux États-Unis, journaliste libéral, fondateur du quotidien La Patrie et adversaire déclaré du cléricalisme, Beaugrand incarne une maçonnerie canadienne-française minoritaire, attachée à la liberté de pensée dans une province où l’Église catholique domine la vie publique. L’épisode éclaire la place singulière, et souvent combattue, des francs-maçons francophones dans le Québec de la fin du XIXe siècle.
Date : 1897
Lieu : Montréal, Québec, Canada
Le contexte : être franc-maçon au Québec à la fin du XIXe siècle

Dans le Québec de la seconde moitié du XIXe siècle, la franc-maçonnerie est d’abord une institution anglophone et protestante. La Grande Loge du Québec, fondée le 20 octobre 1869 et considérée comme la plus ancienne obédience de la province, réunit dès sa création plusieurs dizaines de loges travaillant surtout en anglais. Les catholiques francophones qui souhaitent entrer en maçonnerie s’exposent aux condamnations de l’Église, très influente sur la presse, l’école et la vie politique.
Un premier réveil de la maçonnerie francophone se produit en 1870 avec la loge montréalaise Les Cœurs-Unis. Une génération plus tard, des libéraux radicaux veulent aller plus loin : non plus seulement se réunir en français, mais défendre ouvertement la liberté de conscience, l’instruction laïque et le libre examen. C’est dans ce mouvement que s’inscrit la loge L’Émancipation.
L’événement : la naissance de L’Émancipation
Selon le Dictionnaire biographique du Canada, Honoré Beaugrand participe en 1897 à la fondation de L’Émancipation, loge montréalaise de tendance radicale, et reste ensuite proche des milieux anticléricaux. Le nom choisi dit à lui seul le programme : émanciper les consciences de la tutelle religieuse. La date exacte de l’installation n’est pas précisée par les sources consultées, qui retiennent seulement l’année.
Le rattachement de la loge est présenté de manière variable : l’encyclopédie Wikipédia la décrit comme une loge mixte aujourd’hui disparue et rattachée au Grand Orient du Canada, alors qu’une partie de l’historiographie la relie à la maçonnerie française d’inspiration libérale. Ce point mérite d’être vérifié dans les archives avant d’être tenu pour acquis.
Honoré Beaugrand, un parcours atypique
Né le 24 mars 1848 à Lanoraie, Honoré Beaugrand interrompt ses études au collège de Joliette et un bref noviciat chez les Clercs de Saint-Viateur. À dix-sept ans, il part combattre environ dix-huit mois au Mexique dans l’armée de Maximilien, séjourne en France en 1867, puis exerce divers métiers aux États-Unis. En 1871, il s’installe à Fall River (Massachusetts), où il devient une figure des émigrés canadiens-français : il y fonde des sociétés patriotiques, le journal L’Écho du Canada, puis La République en 1875, et publie en 1878 le roman Jeanne la fileuse.
C’est à Fall River qu’il devient franc-maçon, en 1873, dans une loge locale que Wikipédia nomme King Philip. La même année, il épouse Eliza Walker dans une église méthodiste. De retour au Canada, il fonde à Montréal, en février 1879, le quotidien La Patrie, dont il reste propriétaire jusqu’en 1897, puis est élu deux fois maire de Montréal, de 1885 à 1887 ; il soutient alors la vaccination obligatoire pendant l’épidémie de variole.
Un libéral radical face au clergé

Le Dictionnaire biographique du Canada décrit Beaugrand comme un anticlérical, déiste et républicain, en conflit avec les conservateurs et le clergé, mais aussi avec les libéraux modérés comme Honoré Mercier ou Wilfrid Laurier, qui finit par l’écarter. Après 1890, sa santé l’éloigne de la politique ; il voyage et publie en 1900 La Chasse-galerie : légendes canadiennes, son œuvre la plus connue aujourd’hui.
Sa mort, le 7 octobre 1906 à Westmount, donne lieu à une polémique révélatrice : son ami Joseph-Israël Tarte affirme qu’il s’est repenti in extremis, ce que sa veuve dément formellement. Beaugrand est incinéré, choix rare et militant pour l’époque.
Portée et postérité
La fondation de L’Émancipation montre qu’une maçonnerie francophone libérale a existé au Québec malgré l’hostilité du clergé. Elle préfigure les débats du XXe siècle sur la laïcité et l’école, et la diversité actuelle des obédiences québécoises. Beaugrand reste surtout connu comme écrivain : La Chasse-galerie a été rééditée à plusieurs reprises, notamment dans une édition critique établie par François Ricard en 1989.
Repères chronologiques
- 20 octobre 1869 : fondation de la Grande Loge du Québec.
- 1870 : fondation à Montréal de la loge francophone Les Cœurs-Unis.
- 1873 : initiation d’Honoré Beaugrand à Fall River (Massachusetts).
- Février 1879 : Beaugrand fonde le quotidien La Patrie à Montréal.
- 1885-1887 : Beaugrand est maire de Montréal.
- 1897 : fondation de la loge L’Émancipation.
- 7 octobre 1906 : mort d’Honoré Beaugrand à Westmount.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Loge Mère, Initiation, Haine de la laïcité (antimaçonnisme), Anticléricalisme (antimaçonnisme).

