Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?

En 1779, l’officier de marine Jean-François de Galaup de La Pérouse figure parmi les membres de la loge L’Heureuse Rencontre, à Brest. Cet atelier, dont l’installation est attestée en 1745, est la plus ancienne loge du grand port militaire breton, où la franc-maçonnerie recrute largement parmi les officiers du roi. À cette date, La Pérouse est un capitaine engagé dans la guerre d’Indépendance américaine ; quelques années plus tard, il commandera la grande expédition scientifique autour du monde voulue par Louis XVI, disparue à Vanikoro en 1788. Son appartenance maçonnique éclaire la sociabilité des marins des Lumières.
Date : 1779
Lieu : Brest, France
Brest, port militaire et ville de loges

Au XVIIIe siècle, Brest est le premier port de guerre du royaume. La franc-maçonnerie s’y implante tôt : un procès-verbal d’installation daté de 1745 atteste l’existence de la loge L’Heureuse Rencontre, alors que cinq loges sont déjà ouvertes dans la ville. Elle se veut d’abord une « Loge générale » fédérant les ateliers brestois ; la réunion fondatrice se tient un 4 décembre à l’auberge de Thomas Allain, rue de la Voûte, une rue disparue avec les destructions de la Seconde Guerre mondiale.
Ses dirigeants appartiennent à la bourgeoisie ou à la noblesse locale, et beaucoup entretiennent des liens avec la diaspora jacobite britannique. Elle cesse de jouer le rôle de Loge générale vers 1751-1752, puis renaît une dizaine d’années plus tard comme loge ordinaire. D’autres ateliers se forment selon les milieux : une loge d’officiers et de cadres de la Marine, une loge d’artisans et d’ouvriers du bagne, une loge militaire.
L’entrée de La Pérouse
La chronologie Kronobase et le magazine FM placent La Pérouse parmi les membres de L’Heureuse Rencontre pour l’année 1779. Les sources accessibles ne précisent ni la date exacte de son initiation, ni ses éventuels grades ultérieurs : on sait seulement qu’il apparaît sur les listes de cette loge cette année-là. Cette appartenance n’a rien d’exceptionnel : la loge brestoise est un lieu de rencontre entre officiers, négociants et notables, et la maçonnerie fait partie de la sociabilité ordinaire des officiers de marine des Lumières. Louis-Antoine de Bougainville, autre grand navigateur, est lui aussi associé à la maçonnerie, sans que les détails en soient connus.
Un officier de marine au service du roi
Né en 1741 près d’Albi, dans une famille de petite noblesse, Jean-François de Galaup, qui prend le nom de La Pérouse d’après une terre familiale, entre jeune dans les gardes de la Marine à Brest. Il combat pendant la guerre de Sept Ans. Pendant la guerre d’Indépendance américaine, engagée par la France en 1778, il commande plusieurs bâtiments ; en 1782, il mène dans la baie d’Hudson une expédition contre les établissements anglais, qu’il conduit avec une humanité remarquée envers les vaincus.
L’expédition autour du monde

En 1785, le maréchal de Castries, ministre de la Marine, le désigne pour diriger un voyage de découverte destiné à égaler les expéditions de James Cook, préparé avec Louis XVI lui-même. Les frégates La Boussole et L’Astrolabe quittent Brest le 1er août 1785 avec savants, dessinateurs et naturalistes. Elles explorent le Pacifique, de l’île de Pâques à l’Alaska, de la Californie aux côtes d’Asie. Après une escale à Botany Bay, en Australie, au début de 1788, on perd toute trace de l’expédition.
Vanikoro et la mémoire
Le mystère dure près de quarante ans. Les épaves sont identifiées à Vanikoro, dans l’archipel de Santa Cruz (actuelles îles Salomon), par le capitaine Peter Dillon en 1826-1827, puis par Dumont d’Urville en 1828. Depuis, les campagnes de l’association Salomon ont permis de retrouver de nombreux vestiges et d’identifier l’épave de La Boussole. La disparition de La Pérouse a nourri une abondante littérature, de Chateaubriand aux recherches récentes.
Postérité maçonnique
L’Heureuse Rencontre a traversé les siècles : avec Les Amis de Sully, fondée au début des années 1780, elle fait partie des deux loges brestoises stables au début du XXe siècle, réduites au silence pendant l’Occupation puis rouvertes à la Libération. Brest compte aujourd’hui une quinzaine de loges. Le nom de la loge a inspiré un ouvrage de Jean-Yves Guengant consacré à la franc-maçonnerie maritime, où La Pérouse occupe une place de choix parmi les marins francs-maçons.
Repères chronologiques
- 1741 : naissance de Jean-François de Galaup de La Pérouse près d’Albi.
- 1745 : installation de la loge L’Heureuse Rencontre à Brest.
- 1778 : entrée de la France dans la guerre d’Indépendance américaine.
- 1779 : La Pérouse membre de L’Heureuse Rencontre.
- 1782 : expédition de la baie d’Hudson.
- 1er août 1785 : départ de Brest de La Boussole et de L’Astrolabe.
- 1788 : disparition de l’expédition à Vanikoro.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Loge Mère, Initiation, Premier warrant de loge militaire par la Grande Loge d’Irlande, 1732 (date historique), Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Jean-Yves Guengant (Auteur).

