Patente maçonnique de Joseph II limitant les loges, 11 décembre 1785 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 11 décembre 1785, l’empereur Joseph II signe à Vienne un billet impérial connu sous le nom de Freimaurerpatent, la « patente maçonnique ». Sans interdire l’Ordre, il le reconnaît tout en le plaçant sous contrôle de l’État : trois loges au plus par ville, communication des listes de membres et des dates de tenues. À Vienne, huit loges sont regroupées en ateliers collectifs ; dans les Pays-Bas autrichiens, un édit de janvier 1786 ne laisse subsister que trois loges à Bruxelles. La mesure brise l’élan de la maçonnerie habsbourgeoise.

Date : 11 décembre 1785
Lieu : Vienne, Autriche ; Bruxelles, Pays-Bas autrichiens

Un empereur éclairé et méfiant

Patente maçonnique de Joseph II limitant les loges, 11 décembre 1785
Source : Wikimedia Commons – Hubert Maurer – Public domain

Fils de François Ier, lui-même maçon, et de Marie-Thérèse, Joseph II règne seul depuis 1780. Despote éclairé, il multiplie les réformes : tolérance religieuse, suppression de couvents, centralisation administrative. Il n’est pas hostile à la franc-maçonnerie, dont nombre de ses ministres et conseillers sont membres, mais il redoute la prolifération d’ordres secrets, de groupes mystiques et de sociétés comme les Illuminés, susceptibles d’échapper à l’État.

Une maçonnerie florissante

Au début des années 1780, la maçonnerie autrichienne connaît son apogée. Vienne compte huit loges, dont Zur wahren Eintracht d’Ignaz von Born et Zur Wohltätigkeit, celle de Mozart. Le 24 avril 1784 est fondée la Grande Loge nationale d’Autriche, qui fédère quarante-cinq loges réparties en grandes loges provinciales, dont une pour les Pays-Bas autrichiens. C’est ce développement rapide que l’empereur entend canaliser.

Le contenu de la patente

Le billet impérial du 11 décembre 1785 reconnaît officiellement la maçonnerie mais la soumet à une stricte surveillance. Chaque ville ne peut compter plus de trois loges ; les ateliers doivent transmettre aux autorités la liste de leurs membres et le calendrier de leurs réunions. Inspirée en partie par des maçons comme Born et le prince Dietrichstein, grand maître national, la mesure va bien au-delà de ce qu’ils souhaitaient.

Les effets à Vienne

Patente maçonnique de Joseph II limitant les loges, 11 décembre 1785
Source : Wikimedia Commons – Sine nomine – CC0

Les huit loges viennoises sont regroupées dès 1786 en loges collectives : Zur Wahrheit, dirigée par Born, et Zur neugekrönten Hoffnung, qui absorbe notamment Zur Wohltätigkeit et pour laquelle Mozart compose deux chants d’ouverture. Les effectifs fondent, de près de moitié selon certaines estimations. Zur Wahrheit décline rapidement, et les dernières loges sont dissoutes en 1794-1795 sous François II, dans le climat de peur suscité par la Révolution française.

Dans les Pays-Bas autrichiens

La patente est transposée à Bruxelles par un édit de janvier 1786, qui limite à trois le nombre de loges dans la capitale et interdit celles des autres villes. Le marquis de Gages, grand maître provincial depuis une patente londonienne de 1770, tente d’en retarder les effets puis démissionne le 26 juin 1786. La plupart des loges entrent en sommeil ; seule Les Vrais Amis de l’Union poursuit réellement ses travaux à Bruxelles, tandis que quelques ateliers clandestins subsistent à Mons, Tournai, Namur, Anvers ou Luxembourg. Les loges de la principauté de Liège, hors du domaine habsbourgeois, ne sont pas concernées.

Portée et mémoire

La patente de 1785 est l’un des premiers exemples de réglementation étatique de la franc-maçonnerie : ni interdiction ni liberté, mais un contrôle administratif. Elle annonce les interdictions plus radicales des années 1790 en Autriche, qui dureront jusqu’en 1918. Dans les Pays-Bas, elle nourrit le mécontentement contre les réformes joséphistes qui conduit à la révolution brabançonne de 1789.

Repères chronologiques

  • 14 septembre 1742 : fondation de la première loge de Vienne.
  • 1780 : début du règne personnel de Joseph II.
  • 24 avril 1784 : fondation de la Grande Loge nationale d’Autriche.
  • 11 décembre 1785 : patente maçonnique de Joseph II.
  • Janvier 1786 : édit appliquant la réforme aux Pays-Bas autrichiens.
  • 26 juin 1786 : démission du marquis de Gages.
  • 1794-1795 : dissolution des loges sous François II.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Maître de loge ou Maître en chaire, Grand Maître.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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