Patente du marquis de Gages, Grand Maître provincial des Pays-Bas autrichiens, 22 janvier 1770 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 22 janvier 1770, la Grande Loge d’Angleterre investit François Bonaventure Joseph du Mont, marquis de Gages, du titre de Grand Maître provincial des Pays-Bas autrichiens. Ce noble montois, vénérable de la loge La Vraie et Parfaite Harmonie de Mons, reçoit ainsi une patente qui crée une Grande Loge provinciale pour les territoires correspondant en grande partie à l’actuelle Belgique. Pendant seize ans, elle fédère une vingtaine de loges, jusqu’aux réformes de Joseph II. L’événement est considéré comme l’acte fondateur d’une maçonnerie organisée dans les Pays-Bas du Sud.

Date : 22 janvier 1770
Lieu : Londres, Royaume-Uni ; Mons, Pays-Bas autrichiens (Belgique)

Les Pays-Bas autrichiens au temps des Lumières

Patente du marquis de Gages, Grand Maître provincial des Pays-Bas autrichiens, 22 janvier 1770
Source : Wikimedia Commons – Jean-Pol GRANDMONT – CC BY-SA 3.0

Depuis 1714, les provinces du Sud des anciens Pays-Bas sont sous souveraineté des Habsbourg d’Autriche. Bruxelles est le siège du gouverneur général, Charles de Lorraine, et la noblesse locale fréquente une cour réputée brillante. Les loges y apparaissent au XVIIIe siècle sous des influences croisées, françaises, anglaises et hollandaises, sans autorité commune. Chaque atelier cherche sa légitimité auprès d’une Grande Loge étrangère, ce qui entretient une forte dispersion.

Le marquis de Gages

Né à Mons en 1739 dans une famille de petite noblesse, François Bonaventure Joseph du Mont hérite de son oncle et de son père, obtient de Marie-Thérèse le titre de marquis de Gages, puis devient chambellan impérial et royal. Au début des années 1760, il fréquente Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, Grand Maître des loges de France, qui lui ouvre l’accès aux hauts grades. De retour à Mons en 1765, il prend la direction de la loge La Vraie et Parfaite Harmonie, au recrutement très aristocratique, et fait bâtir rue d’Enghien un hôtel qui abrite aujourd’hui l’administration communale.

D’une tutelle française à une patente anglaise

En 1765, la Grande Loge de France lui confère le titre de Grand Maître provincial pour la Flandre, le Brabant et le Hainaut. Le succès est limité, et la maçonnerie française traverse alors une période de crise. Gages se tourne vers Londres. Le 20 janvier 1770, La Vraie et Parfaite Harmonie reçoit ses patentes de reconnaissance de la Grande Loge d’Angleterre ; deux jours plus tard, le 22 janvier 1770, celle-ci investit le marquis du titre de Grand Maître provincial des Pays-Bas autrichiens. Cette double démarche ancre la nouvelle structure dans la régularité anglaise tout en conservant la culture maçonnique francophone des loges locales.

Une Grande Loge provinciale en essor

Patente du marquis de Gages, Grand Maître provincial des Pays-Bas autrichiens, 22 janvier 1770
Source : Wikimedia Commons – Hubert Maurer – Public domain

La Grande Loge provinciale regroupe 5 ateliers en 1770, 9 en 1773, 15 en 1776 et 26 en 1786, selon l’historien Hervé Hasquin. Des loges de Bruges, Tournai, Bruxelles, Gand ou Namur s’y rattachent. Gages entretient d’étroites relations avec les loges françaises du Nord et avec la sociabilité aristocratique européenne. Il est aussi membre, puis gouverneur, de la confrérie montoise de Saint-Jean-Décollé, qui assistait les condamnés à mort, signe d’une sociabilité où se mêlent engagement charitable et appartenance maçonnique.

Le coup d’arrêt de Joseph II

Empereur réformateur et autoritaire, Joseph II entend contrôler toutes les associations. Son édit sur la franc-maçonnerie du 11 décembre 1785, publié dans les Pays-Bas en 1786, limite le nombre de loges et les place sous surveillance ; à Bruxelles, seules trois loges subsistent. Gages proteste, puis démissionne de ses responsabilités en 1786. Quelques mois avant sa mort, il s’affilie à la loge L’Heureuse Rencontre de Bruxelles avec le titre d’ancien Grand Maître. Il meurt en 1787 au château de La Puissance, à Bachant, qu’il faisait construire.

Postérité et mémoire

Le marquis de Gages est aujourd’hui regardé comme une figure tutélaire de la maçonnerie belge. Un colloque de l’Université libre de Bruxelles lui a été consacré, publié en 2000 sous la direction d’Alain Dierkens. Deux loges de Waterloo portent son nom, l’une à la Grande Loge régulière de Belgique, l’autre à la Grande Loge de Belgique. Un diplôme de Rose-Croix à son nom est conservé au musée du Chanoine Puissant, à Mons.

Repères chronologiques

  • 1739 : naissance du futur marquis de Gages à Mons.
  • 1765 : Grand Maître provincial pour la Grande Loge de France.
  • 20 janvier 1770 : reconnaissance anglaise de La Vraie et Parfaite Harmonie.
  • 22 janvier 1770 : patente de Grand Maître provincial des Pays-Bas autrichiens.
  • 1776 : la Grande Loge provinciale compte 15 loges.
  • 1786 : application de l’édit de Joseph II ; démission de Gages.
  • 1787 : mort du marquis à Bachant.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Patente, Nouvelles Constitutions de la Grande Loge d’Angleterre, 1738 (date historique), Maître de loge ou Maître en chaire, Louis de Bourbon-Condé (Personnalité).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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