Édit de Berne interdisant la franc-maçonnerie, 3 mars 1745 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 3 mars 1745, le gouvernement de la république de Berne publie un édit qui déclare supprimée et interdite la société des francs-maçons sur tout le territoire bernois, y compris le Pays de Vaud. Plus sévère qu’un premier ordre de fermeture de 1743 resté sans effet, il menace les fonctionnaires qui resteraient liés aux loges d’une amende et de la perte de leur charge. Cette interdiction, l’une des premières mesures d’État contre la maçonnerie en Suisse, freine les loges vaudoises sans parvenir à les faire disparaître.

Date : 3 mars 1745
Lieu : Berne, Suisse

Une république patricienne

Édit de Berne interdisant la franc-maçonnerie, 3 mars 1745
Source : Wikimedia Commons – Pierre François Tardieu / After Jakob Emanuel Handmann – CC BY 4.0

Au XVIIIe siècle, Berne est le plus vaste État de la Confédération. Gouvernée par un patriciat restreint, elle administre le Pays de Vaud, sujet depuis 1536, par l’intermédiaire de baillis. Ce pouvoir se méfie de toute association échappant à son contrôle et des influences étrangères, d’autant que les premières loges suisses sont souvent fondées et fréquentées par des étrangers.

Les premières loges en terre bernoise

En 1739, des étrangers, surtout anglais, fondent à Lausanne la loge La Parfaite Union des Étrangers, première loge du Pays de Vaud. À Berne même, une tentative de fondation échoue en 1740. Les loges suisses se multiplient alors, à Genève, à Neuchâtel ou à Bâle, et suscitent la méfiance des magistrats : à Genève, les loges sont supprimées dès 1738, et les autorités interdisent de nouveau aux Genevois d’y adhérer.

De l’ordre de 1743 à l’édit de 1745

En 1743, les magistrats bernois ordonnent la fermeture de toutes les loges ; les maçons n’obtempèrent pas. Le 3 mars 1745, un édit plus sévère déclare la société et ligue des francs-maçons supprimée et interdite sur tout le territoire de Berne. Il frappe en particulier les fonctionnaires : tout agent du gouvernement qui demeurerait lié aux francs-maçons encourt une amende de cent thalers et la perte de sa charge.

Les motifs

Les sources consultées ne détaillent pas les attendus de l’édit. Le contexte éclaire toutefois la décision : le secret des loges, leur recrutement international, la condamnation pontificale de 1738, reprise par de nombreux États sans considération confessionnelle, et la crainte de voir des sujets vaudois échapper à l’autorité de Leurs Excellences. Berne protestante rejoint ainsi, pour des raisons d’ordre public, la méfiance des puissances catholiques.

Une efficacité limitée

Édit de Berne interdisant la franc-maçonnerie, 3 mars 1745
Source : Wikimedia Commons – Conceptuel – CC0

Le Dictionnaire historique de la Suisse note que l’interdiction reste sans grand succès. Des loges continuent d’apparaître dans le Pays de Vaud : Bex en 1760, Montreux en 1783, Morges en 1786. Après le départ du bailli Tscharner en 1776, les maçons de Lausanne et de Zurich organisent des Directoires helvétiques. Berne renouvelle son interdiction en 1782, et les loges se mettent en sommeil.

Postérité

À Berne, il faut attendre la fin de l’Ancien Régime : trois loges sont fondées en 1798 par des officiers au service de la France, et la première loge officielle, Zur Hoffnung, s’ouvre en 1803. En 1844, quinze loges fondent la Grande Loge Suisse Alpina. L’édit de 1745 reste un jalon de l’histoire des interdictions de la maçonnerie, que la Suisse connaîtra encore au XXe siècle avec l’initiative populaire de 1937, rejetée.

Repères chronologiques

  • 1737 : Lord George Hamilton établit la maçonnerie à Genève.
  • 1739 : première loge à Lausanne.
  • 1743 : ordre bernois de fermeture des loges.
  • 3 mars 1745 : édit de Berne interdisant la franc-maçonnerie.
  • 1782 : renouvellement de l’interdiction bernoise.
  • 1803 : ouverture de la loge Zur Hoffnung à Berne.
  • 1844 : fondation de la Grande Loge Suisse Alpina.

Le saviez-vous ?

À la même époque, la principauté de Neuchâtel, alliée des Suisses mais souveraineté du roi de Prusse, offrait un contraste saisissant : des loges y apparaissent dès 1743, et le Dictionnaire historique de la Suisse rappelle que le souverain y était lui-même initié. Frédéric II était en effet franc-maçon depuis 1738.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Accusation de satanisme (antimaçonnisme), Maître de loge ou Maître en chaire.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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