Bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII, 28 avril 1738 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 28 avril 1738, le pape Clément XII publie à Rome la bulle In eminenti apostolatus specula, première condamnation pontificale de la franc-maçonnerie. Vingt et un ans à peine après la fondation de la Grande Loge de Londres, l’Église catholique y vise des sociétés qui réunissent des hommes de toutes confessions sous le sceau d’un serment de secret. Prononcée comme constitution valable à perpétuité, elle interdit aux catholiques d’y adhérer. Elle inaugure une longue série de textes pontificaux hostiles, réaffirmée jusqu’à la fin du XXe siècle.

Date : 28 avril 1738
Lieu : Rome, États pontificaux

Une maçonnerie en pleine expansion

Bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII, 28 avril 1738
Source : Wikimedia Commons – After Agostino Masucci – Public domain

En 1738, la franc-maçonnerie spéculative essaime rapidement depuis Londres : loges à Paris, en Italie, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse. En France, on estimerait alors à quelques centaines le nombre de maçons. Ces sociétés intriguent par leur secret et inquiètent les autorités civiles : à Paris, le cardinal de Fleury fait interdire les réunions dès 1737, et à Genève les magistrats suppriment les loges en 1738.

Le texte de la bulle

Signée par Clément XII, pape florentin de la famille Corsini, la bulle condamne des sociétés « vulgairement appelées » de francs-maçons. Elle leur reproche de rassembler des hommes de toutes religions et de toutes sectes, liés par un serment de secret et d’entraide. Le texte considère ce secret comme suspect en lui-même : si ces sociétés ne faisaient rien de mal, elles ne fuiraient pas la lumière. Il interdit aux fidèles d’y entrer, de les favoriser ou de les accueillir.

Les motifs de la condamnation

Les commentateurs relèvent plusieurs motifs : le caractère multiconfessionnel des loges, qui semble relativiser les vérités de la foi ; le serment, jugé incompatible avec l’obéissance due à l’Église et à l’autorité civile ; enfin le souci de l’ordre public, les réunions secrètes étant tenues pour dangereuses par les États. Le texte fonde ainsi une méfiance qui associe, pour longtemps, religion et sécurité politique.

Une réception inégale

La bulle n’a pas partout force de loi. En France, le Parlement de Paris ne l’enregistre jamais, si bien qu’elle n’y est pas reçue juridiquement ; des catholiques, et même des ecclésiastiques, continuent de fréquenter les loges tout au long du siècle. Ailleurs, en revanche, dans les États où l’Inquisition est puissante, comme au Portugal, elle accompagne une répression active, dont témoigne en 1743 l’arrestation à Lisbonne du joaillier John Coustos.

Une longue série de condamnations

Bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII, 28 avril 1738
Source : Wikimedia Commons – Ottone Hamerani – CC0

En 1751, Benoît XIV renouvelle la condamnation par la constitution Providas Romanorum. Suivent Pie VII (1821), Léon XII (1826), Pie VIII, Grégoire XVI, Pie IX et Léon XIII, dont l’encyclique Humanum genus (1884) marque un sommet. Le Code de droit canonique de 1917 prévoit l’excommunication des catholiques qui s’affilient à une loge.

Postérité : de 1983 à aujourd’hui

Le Code de droit canonique de 1983 ne nomme plus explicitement la franc-maçonnerie et parle d’associations qui conspirent contre l’Église. Mais une déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi, publiée la même année sous la signature du cardinal Ratzinger, réaffirme l’incompatibilité entre appartenance maçonnique et foi catholique. La bulle de 1738 reste ainsi la matrice d’un contentieux de près de trois siècles.

Repères chronologiques

  • 24 juin 1717 : fondation de la Grande Loge de Londres.
  • 1737 : interdiction des réunions maçonniques à Paris par le cardinal de Fleury.
  • 28 avril 1738 : bulle In eminenti apostolatus specula.
  • 1751 : constitution Providas Romanorum de Benoît XIV.
  • 20 avril 1884 : encyclique Humanum genus de Léon XIII.
  • 1917 : le Code de droit canonique prévoit l’excommunication des maçons.
  • 1983 : nouveau Code et déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Le saviez-vous ?

La même année 1738, alors que Rome condamne la maçonnerie, les Anglais reconnaissent l’indépendance de la Grande Loge française, selon la Bibliothèque nationale de France. La condamnation pontificale n’empêche donc pas la maçonnerie française de s’organiser : à la fin du siècle, les loges du royaume compteront plus de trente mille membres.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Bulles pontificales (antimaçonnisme), Accusation de satanisme (antimaçonnisme), Excommunication (antimaçonnisme).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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