Rédaction du manuscrit Regius, vers 1390 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le manuscrit Regius, aussi appelé poème Regius ou manuscrit Halliwell, est le plus ancien texte connu consacré aux usages des maçons anglais. Rédigé en vers moyen-anglais par un clerc anonyme, il est traditionnellement daté de 1390, mais la British Library et les analyses récentes le placent plutôt dans la première moitié du XVe siècle, sans doute dans le Shropshire. Il raconte l’origine légendaire du métier, d’Euclide au roi Athelstan, puis énonce quinze articles et quinze points de conduite. Premier des « Anciens Devoirs » (Old Charges), il est devenu une pièce majeure de la mémoire maçonnique, même s’il n’a eu aucune descendance directe parmi les textes ultérieurs.

Date : vers 1390 (datation discutée : première moitié du XVe siècle)
Lieu : Angleterre (probablement Shropshire), Royaume-Uni

Un poème de métier dans l’Angleterre médiévale

À la fin du XIVe et au début du XVe siècle, les grands chantiers anglais (cathédrales, châteaux, abbayes) mobilisent des maçons itinérants, payés à la tâche et organisés autour d’un maître d’œuvre. Leur travail est encadré par des règlements royaux et municipaux, mais aussi par des usages propres au métier. Le manuscrit Regius appartient à cette culture : c’est un texte moral et professionnel destiné à des artisans, qui mêle prescriptions pratiques, conseils de bonne conduite et instruction religieuse.

Il se distingue de tous les textes postérieurs du même genre par sa forme : il est écrit en vers rimés, en moyen anglais, quand les Anciens Devoirs ultérieurs sont rédigés en prose. L’auteur, un clerc, se désigne lui-même dans le poème sans livrer son nom.

Ce que dit le texte

Le poème compte environ 794 vers répartis en trois grands ensembles. Le premier raconte l’histoire légendaire du métier : la géométrie, que le texte appelle maçonnerie, aurait été fondée par Euclide en Égypte, puis introduite en Angleterre au temps du roi Athelstan, qui aurait réuni une assemblée de maçons pour leur donner des règles. Viennent ensuite quinze articles et quinze points qui fixent les devoirs du maître et du compagnon : loyauté envers le seigneur qui emploie, juste salaire, formation des apprentis, interdiction de supplanter un confrère, tenue d’assemblées régulières.

La dernière partie, plus longue, est un véritable manuel de piété et de savoir-vivre : légende des Quatre Saints Couronnés, patrons des tailleurs de pierre, récit de la tour de Babel, évocation des sept arts libéraux, puis conseils sur la conduite à l’église et en société. La British Library y reconnaît des emprunts aux Instructions for Parish Priests de John Mirk et un poème de civilité intitulé Urbanitatis.

Une datation discutée

La date de 1390 a été proposée au XIXe siècle par les historiens maçonniques Woodford et Hughan, et elle s’est imposée dans la tradition. Dès cette époque pourtant, le paléographe Edward Augustus Bond, du British Museum, situait le manuscrit une cinquantaine d’années plus tard. Le catalogue actuel de la British Library le date de la première moitié du XVe siècle (1400-1449), et les études récentes penchent pour le deuxième quart du siècle, avec une rédaction probable dans le Shropshire. La date de 1390 doit donc être lue comme une datation traditionnelle, non comme une certitude.

Un manuscrit royal redécouvert

Le parcours du document est bien connu. Il porte le monogramme de l’antiquaire John Theyer (1598-1673), dont la bibliothèque fut achetée par le roi Charles II. Entré dans la bibliothèque royale, d’où son nom de Regius, il fut catalogué en 1734 par le bibliothécaire David Casley comme « un poème sur les devoirs moraux », sans que son sujet maçonnique soit perçu. En 1757, George II offrit la bibliothèque royale au British Museum. Le manuscrit y est aujourd’hui conservé à la British Library sous la cote Royal MS 17 A I.

Sa portée maçonnique fut révélée par James Orchard Halliwell, érudit qui n’était pas franc-maçon : il en fit l’objet d’une communication en 1838-1839 et le publia en 1840. D’où l’autre nom du texte, manuscrit Halliwell.

Portée pour la franc-maçonnerie

Le Regius n’est pas un rituel et ne décrit aucune cérémonie d’initiation. Sa valeur tient ailleurs : il atteste qu’à la fin du Moyen Âge les maçons anglais se pensaient comme un corps doté d’une histoire, d’une morale et de devoirs, transmis par l’écrit. Les francs-maçons spéculatifs y ont vu un ancêtre lointain de leurs Constitutions. Le texte n’a cependant pas eu de postérité directe : c’est le manuscrit Cooke, en prose, qui a servi de modèle à la longue série des Anciens Devoirs.

Repères chronologiques

  • Vers 1390 ou 1425-1450 : rédaction du poème Regius.
  • Vers 1400-1450 : rédaction du manuscrit Cooke, premier Ancien Devoir en prose.
  • 1583 : manuscrit Grand Lodge n° 1, souche d’une grande partie des versions ultérieures.
  • 1734 : David Casley catalogue le manuscrit sans en percevoir le sujet maçonnique.
  • 1757 : George II offre la bibliothèque royale au British Museum.
  • 1840 : publication du texte par James Orchard Halliwell.

Le saviez-vous ?

Plusieurs traductions françaises du Regius circulent dans les loges et chez les éditeurs maçonniques. Le texte est souvent lu lors de travaux consacrés aux origines opératives de l’Ordre, notamment pour sa légende d’Euclide et ses quinze articles.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Anciens Devoirs (Old Charges), Géométrie.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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