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Le Rite du Mot de maçon, ou Mason’s Word, désigne la cérémonie de réception pratiquée dans les loges écossaises du XVIIe siècle, par laquelle un nouveau membre recevait un mot et des moyens de reconnaissance. Plusieurs historiens y voient le plus ancien rite de la maçonnerie spéculative. Il ne connaissait que deux grades, apprenti entré et compagnon ou maître, et nous est connu par une vingtaine de témoignages écossais et par des catéchismes manuscrits, dont celui des archives d’Édimbourg daté de 1696. Il n’est plus pratiqué comme tel, mais il éclaire la genèse du système en trois grades.
L’expression « Mason Word » apparaît dans de nombreux textes écossais du XVIIe siècle. Elle désigne à la fois un secret de reconnaissance transmis aux maçons et, par extension, la cérémonie qui l’accompagnait. Les auteurs francophones parlent de « Rite du Mot de maçon » pour souligner qu’il s’agissait d’un véritable rituel, distinct des Anciens devoirs anglais (Old Charges), centrés sur la lecture d’une histoire légendaire du métier et la prestation d’un serment.
Le contexte est celui des loges écossaises organisées après les statuts de William Schaw (1598-1599), où les maçons opératifs commencent, dès le premier tiers du XVIIe siècle, à admettre des membres étrangers au métier. L’historien David Stevenson a recensé une vingtaine de textes écossais du XVIIe siècle et une douzaine de textes britanniques du XVIIIe siècle mentionnant le Mot de maçon. Selon la thèse de Patrick Négrier, le rite aurait été élaboré entre 1628 et 1637 au sein de la loge de Kilwinning, dans un milieu calviniste et presbytérien, pour remplacer le cérémonial anglican des Anciens devoirs ; cette datation précise reste une hypothèse d’auteur.
La source majeure est le manuscrit des archives d’Édimbourg (Edinburgh Register House), daté de 1696, qui serait le rituel de la loge Canongate-Kilwinning, dont les archives remontent à 1630 et qui s’est rattachée à la loge de Kilwinning en 1677. D’autres catéchismes apparentés, de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle, ont été publiés et étudiés par Douglas Knoop, G. P. Jones et Douglas Hamer. Le manuscrit de Dumfries n° 4 (vers 1710) est souvent cité pour apprécier l’orientation confessionnelle des loges.
Les rituels du XVIIe siècle ne connaissent que deux grades. La réception repose sur une poignée de main et sur la communication orale des noms des deux colonnes du Temple de Salomon, geste que certains auteurs rapprochent de l’Épître aux Galates (2, 9), où les apôtres se donnent la main droite en signe de communion.
- Apprenti entré (Entered Apprentice)
- Compagnon du métier ou maître (Fellow Craft or Master)
Les documents plus tardifs font apparaître un catéchisme en questions et réponses, la pratique des cinq points du compagnonnage et un mot supplémentaire au second grade. Le rapprochement de ces cinq points avec les cinq points du calvinisme, proposé par certains auteurs, est contesté.
Selon Patrick Négrier, à partir de 1696 les maçons cherchent à construire un art de mémoire conforme à la sensibilité calviniste, fondé non sur des images peintes mais sur des images verbales : métaphores, allégories, réponses apprises par cœur. Le Temple de Salomon, ses colonnes et ses dimensions deviennent ainsi un support de méditation transmis oralement.
Le rite subit ensuite des influences anglicanes et catholiques. Après 1717, la Grande Loge de Londres en fait un rite à vocation universelle, qui devient la matrice du système en trois grades (apprenti, compagnon, maître) des années 1720-1730. Le Mot de maçon n’est donc plus pratiqué comme rite autonome, mais ses éléments essentiels, colonnes, catéchisme, cinq points, irriguent tous les rites symboliques actuels. Il fait l’objet de reconstitutions ou d’études en loge de recherche.
Pour l’historien, le Mot de maçon a une autre portée : il permet de dater l’apparition, en Écosse, d’une sociabilité maçonnique ouverte à des notables étrangers au métier, bien avant la fondation de la Grande Loge de Londres. Il explique aussi pourquoi les premiers rituels imprimés de Londres, dans les années 1720, reprennent un vocabulaire et des catéchismes d’origine écossaise, et pourquoi le débat sur l’origine écossaise ou anglaise de la franc-maçonnerie reste ouvert.
- The Origins of Freemasonry: Scotland’s Century, 1590-1710, David Stevenson, Cambridge University Press, 1988
- Les premiers francs-maçons. Les loges écossaises originelles et leurs membres, David Stevenson, trad. Patrick Sautrot, Ivoire-Clair
- La Tulip. Histoire du rite du Mot de maçon de 1637 à 1730, Patrick Négrier, Ivoire-Clair, 2005
- Le Rite des Anciens Devoirs. Old Charges (1390-1729), Patrick Négrier, Ivoire-Clair
- The Early Masonic Catechisms, Douglas Knoop, G. P. Jones et Douglas Hamer, Manchester University Press, 1943
Le Rite du Mot de maçon est le témoin le plus ancien d’un rituel maçonnique dépassant le simple serment corporatif. Écossais, oral, en deux grades, il montre comment des loges de métier sont devenues des sociétés d’initiés. Sa datation exacte et son arrière-plan confessionnel restent discutés, mais son rôle de chaînon entre opératifs et spéculatifs est largement reconnu.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Anciens Devoirs (Old Charges), Catéchisme – Instruction Maçonnique, Patrick Négrier (Auteur).



Le Rite du Mot de maçon, ou Mason’s Word, désigne la cérémonie de réception pratiquée dans les loges écossaises du XVIIe siècle, par laquelle un nouveau membre recevait un mot et des moyens de reconnaissance. Plusieurs historiens y voient le plus ancien rite de la maçonnerie spéculative. Il ne connaissait que deux grades, apprenti entré et compagnon ou maître, et nous est connu par une vingtaine de témoignages écossais et par des catéchismes manuscrits, dont celui des archives d’Édimbourg daté de 1696. Il n’est plus pratiqué comme tel, mais il éclaire la genèse du système en trois grades.
L’expression « Mason Word » apparaît dans de nombreux textes écossais du XVIIe siècle. Elle désigne à la fois un secret de reconnaissance transmis aux maçons et, par extension, la cérémonie qui l’accompagnait. Les auteurs francophones parlent de « Rite du Mot de maçon » pour souligner qu’il s’agissait d’un véritable rituel, distinct des Anciens devoirs anglais (Old Charges), centrés sur la lecture d’une histoire légendaire du métier et la prestation d’un serment.
Le contexte est celui des loges écossaises organisées après les statuts de William Schaw (1598-1599), où les maçons opératifs commencent, dès le premier tiers du XVIIe siècle, à admettre des membres étrangers au métier. L’historien David Stevenson a recensé une vingtaine de textes écossais du XVIIe siècle et une douzaine de textes britanniques du XVIIIe siècle mentionnant le Mot de maçon. Selon la thèse de Patrick Négrier, le rite aurait été élaboré entre 1628 et 1637 au sein de la loge de Kilwinning, dans un milieu calviniste et presbytérien, pour remplacer le cérémonial anglican des Anciens devoirs ; cette datation précise reste une hypothèse d’auteur.
La source majeure est le manuscrit des archives d’Édimbourg (Edinburgh Register House), daté de 1696, qui serait le rituel de la loge Canongate-Kilwinning, dont les archives remontent à 1630 et qui s’est rattachée à la loge de Kilwinning en 1677. D’autres catéchismes apparentés, de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle, ont été publiés et étudiés par Douglas Knoop, G. P. Jones et Douglas Hamer. Le manuscrit de Dumfries n° 4 (vers 1710) est souvent cité pour apprécier l’orientation confessionnelle des loges.
Les rituels du XVIIe siècle ne connaissent que deux grades. La réception repose sur une poignée de main et sur la communication orale des noms des deux colonnes du Temple de Salomon, geste que certains auteurs rapprochent de l’Épître aux Galates (2, 9), où les apôtres se donnent la main droite en signe de communion.
- Apprenti entré (Entered Apprentice)
- Compagnon du métier ou maître (Fellow Craft or Master)
Les documents plus tardifs font apparaître un catéchisme en questions et réponses, la pratique des cinq points du compagnonnage et un mot supplémentaire au second grade. Le rapprochement de ces cinq points avec les cinq points du calvinisme, proposé par certains auteurs, est contesté.
Selon Patrick Négrier, à partir de 1696 les maçons cherchent à construire un art de mémoire conforme à la sensibilité calviniste, fondé non sur des images peintes mais sur des images verbales : métaphores, allégories, réponses apprises par cœur. Le Temple de Salomon, ses colonnes et ses dimensions deviennent ainsi un support de méditation transmis oralement.
Le rite subit ensuite des influences anglicanes et catholiques. Après 1717, la Grande Loge de Londres en fait un rite à vocation universelle, qui devient la matrice du système en trois grades (apprenti, compagnon, maître) des années 1720-1730. Le Mot de maçon n’est donc plus pratiqué comme rite autonome, mais ses éléments essentiels, colonnes, catéchisme, cinq points, irriguent tous les rites symboliques actuels. Il fait l’objet de reconstitutions ou d’études en loge de recherche.
Pour l’historien, le Mot de maçon a une autre portée : il permet de dater l’apparition, en Écosse, d’une sociabilité maçonnique ouverte à des notables étrangers au métier, bien avant la fondation de la Grande Loge de Londres. Il explique aussi pourquoi les premiers rituels imprimés de Londres, dans les années 1720, reprennent un vocabulaire et des catéchismes d’origine écossaise, et pourquoi le débat sur l’origine écossaise ou anglaise de la franc-maçonnerie reste ouvert.
- The Origins of Freemasonry: Scotland’s Century, 1590-1710, David Stevenson, Cambridge University Press, 1988
- Les premiers francs-maçons. Les loges écossaises originelles et leurs membres, David Stevenson, trad. Patrick Sautrot, Ivoire-Clair
- La Tulip. Histoire du rite du Mot de maçon de 1637 à 1730, Patrick Négrier, Ivoire-Clair, 2005
- Le Rite des Anciens Devoirs. Old Charges (1390-1729), Patrick Négrier, Ivoire-Clair
- The Early Masonic Catechisms, Douglas Knoop, G. P. Jones et Douglas Hamer, Manchester University Press, 1943
Le Rite du Mot de maçon est le témoin le plus ancien d’un rituel maçonnique dépassant le simple serment corporatif. Écossais, oral, en deux grades, il montre comment des loges de métier sont devenues des sociétés d’initiés. Sa datation exacte et son arrière-plan confessionnel restent discutés, mais son rôle de chaînon entre opératifs et spéculatifs est largement reconnu.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Anciens Devoirs (Old Charges), Catéchisme – Instruction Maçonnique, Patrick Négrier (Auteur).

