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Claude François Dorothée de Jouffroy d’Abbans, né le 30 septembre 1751 au château de Roches-sur-Rognon et mort le 18 juillet 1832 à Paris, fut architecte naval, ingénieur et industriel. Il est connu comme l’un des inventeurs du bateau à vapeur : son Pyroscaphe remonta la Saône à Lyon en 1783. Franc-maçon, il fut initié à la loge Sincérité de Besançon, aux côtés d’autres esprits curieux de sciences et de techniques.
Un jeune noble entre Versailles et la forteresse

Fils du marquis Claude-Jean-Eugène de Jouffroy d’Abbans, il étudie chez les dominicains de Quingey, puis devient page à Versailles au service de la dauphine Marie-Josèphe de Saxe, jusqu’à la mort de celle-ci en 1767.
Lieutenant au régiment de Bourbon-Infanterie, il se brouille avec le comte d’Artois : une lettre de cachet le fait enfermer au fort de Sainte-Marguerite en 1772. Libéré en 1774, il se consacre dès lors à la mécanique et à la propulsion des navires.
Du Palmipède au Pyroscaphe
En 1776, avec l’aide du chaudronnier Pourchot de Baume-les-Dames et le soutien financier de sa sœur Marie-Élisabeth, il construit le Palmipède, un bateau à rames-palmes mû par la vapeur. En 1781, il fonde à Lyon, avec Antoine Frerejean, une société pour exploiter le Pyroscaphe, un bateau à roues à aubes de 46 mètres.
En 1783, le Pyroscaphe remonte la Saône de Lyon jusqu’à l’Île Barbe devant quelque dix mille spectateurs. Le brevet espéré exigeait une nouvelle démonstration à Paris, que la Révolution empêcha.
Ruine, exil et dernière entreprise
Ruiné par la Révolution et la Terreur, il émigre, puis revient en France en 1795. Refusant de servir Napoléon, il ne reprend ses travaux que sous Louis XVIII. En 1816, il obtient un brevet pour un « bateau-diligence », fonde un chantier et lance le Charles-Philippe, premier service régulier à vapeur sur la Seine, entre Paris et Montereau.
Ruiné par ses recherches, il est accueilli aux Invalides, où il meurt du choléra en 1832. Il est enterré dans une fosse commune.
À la loge Sincérité de Besançon
Claude de Jouffroy d’Abbans fut initié à la loge Sincérité de Besançon, fondée quelques années plus tôt à l’initiative de Charles de Lacoré, intendant de Franche-Comté. Les sources consultées ne donnent pas la date de cette initiation.
Ses amis Claude François Joseph d’Auxiron et Charles-François Monnin de Follenay, eux aussi intéressés par la propulsion à vapeur, furent initiés dans le même atelier. La loge apparaît ainsi comme un lieu de sociabilité savante où se croisaient noblesse éclairée et passion des techniques nouvelles.
La loge, creuset des Lumières techniques
Jouffroy d’Abbans occupe une place singulière dans l’histoire de la franc-maçonnerie française : celle d’un inventeur pour qui la loge fut aussi un réseau d’amitiés scientifiques. Son parcours à la loge Sincérité illustre combien les ateliers provinciaux du XVIIIe siècle accueillaient l’esprit d’expérimentation des Lumières, au croisement de la fraternité et du progrès technique.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à Claude de Jouffroy d’Abbans.
Voir aussi dans le glossaire : Loge Bleue ou Loge Symbolique., Initiation, Lumières (trois).

