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Égalité et Réconciliation, souvent abrégé E&R, est une association politique fondée en 2007 autour d’Alain Soral, avec notamment Philippe Péninque et Jildaz Mahé O’Chinal, deux anciens du Groupe Union Défense (GUD). Elle se présente sous la formule « gauche du travail et droite des valeurs », mais elle est généralement classée à l’extrême droite. Son intérêt pour cet abécédaire tient à sa fonction de plateforme idéologique, éditoriale et numérique, où se croisent nationalisme, antisionisme radical, conspirationnisme, antisémitisme, critique du mondialisme et dénonciation de réseaux occultes. Conspiracy Watch indique qu’E&R est présidée depuis sa fondation par Alain Soral et souligne la participation de Philippe Péninque et Jildaz Mahé O’Chinal à sa fondation.
Un dispositif de diffusion

E&R n’est pas seulement une organisation militante. C’est un dispositif de diffusion. Site internet, vidéos, conférences, maison d’édition, réseaux locaux, contenus viraux, reprises de textes anciens, figures invitées, dossiers, motifs rhétoriques, tout concourt à former une communauté de réception. Dans cet univers, la franc-maçonnerie peut apparaître comme l’un des éléments du « système » dénoncé, aux côtés des médias, des banques, du sionisme, des États-Unis, du libéralisme, du mondialisme ou des élites politiques. L’antimaçonnisme y fonctionne souvent comme un élément d’un récit plus vaste, celui d’un pouvoir caché gouvernant les apparences démocratiques.
Un syncrétisme idéologique
La force d’Égalité et Réconciliation tient à son syncrétisme idéologique. L’association prétend réconcilier des publics sociologiquement et politiquement différents, en leur proposant une grille commune de lecture. Aux déçus de la gauche sociale, elle parle de lutte contre le capitalisme mondialisé. Aux nationalistes, elle parle d’enracinement et de souveraineté. Aux conspirationnistes, elle parle de médias mensongers et de pouvoir caché. Aux antisémites, elle offre un vocabulaire de substitution autour du sionisme, du lobby, de la finance ou du mondialisme. Dans cette mosaïque, la franc-maçonnerie peut être mobilisée comme pièce supplémentaire de la vieille légende noire.
Cette logique fait d’E&R un exemple typique du passage de l’antimaçonnisme de bibliothèque ou de revue à l’antimaçonnisme de plateforme. Les vieux thèmes ne disparaissent pas. Ils sont remixés. Augustin Barruel, Édouard Drumont, Henry Coston, les Protocoles, l’anti-République, l’antisionisme radical, le souverainisme, la critique des médias, le rejet de la mondialisation, les accusations contre les élites culturelles ou financières se retrouvent dans une économie numérique de la circulation. Le soupçon ne circule plus seulement dans des ouvrages spécialisés. Il devient vidéo, extrait, commentaire, lien, archive partagée, boutique idéologique.
Distinguer la critique

Il faut toutefois distinguer. Toute critique de la mondialisation, des médias, des banques, de l’impérialisme ou des élites n’est pas complotiste. Elle peut être légitime lorsqu’elle repose sur des faits, des analyses et des responsabilités précises. E&R devient intéressant pour l’étude de l’antimaçonnisme lorsque cette critique se transforme en récit global de domination occulte, lorsque les appartenances, les réseaux, les symboles ou les noms sont agrégés dans une même dramaturgie de l’ennemi caché.
Une fraternité inversée
Dans une perspective initiatique, E&R illustre une fraternité inversée. Elle propose une appartenance fondée non sur le travail intérieur, mais sur la reconnaissance d’un adversaire commun. Elle donne à ses publics le sentiment de voir derrière le décor, d’échapper à la pensée dominante, de rejoindre une communauté d’éveillés. Mais ce dévoilement n’ouvre pas vers la mesure. Il enferme souvent dans la répétition du soupçon. Là où la franc-maçonnerie, lorsqu’elle est fidèle à sa vocation, cherche à faire de la fraternité un chemin d’élévation, l’écosystème soralien fait de la « réconciliation » un instrument de mobilisation contre des ennemis désignés.
L’entrée « Égalité et Réconciliation » permet donc de comprendre une mutation contemporaine.
L’antimaçonnisme ne se limite plus au pamphlet anticlérical inversé, à la presse antidreyfusarde, aux revues catholiques intégristes ou aux propagandes de Vichy. Il se recompose dans des plateformes, des réseaux, des contenus audiovisuels, des communautés numériques et des boutiques éditoriales. La vieille matrice du complot judéo-maçonnique y survit parfois sous des formes explicites, parfois sous des formulations plus obliques, mais toujours selon la même logique. Derrière le monde visible, il y aurait une coalition cachée. Derrière la liberté, un mensonge. Derrière la fraternité, un réseau. Derrière l’universel, une domination.
Voir aussi : Soral Alain, Web complotiste, Antisémitisme, Judéo-maçonnisme, Mondialisme, Désinformation, Réseaux sociaux, Théories du complot, Emmanuel Ratier, Henry Coston.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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