lun 09 février 2026 - 18:02

La relation complexe entre la Franc-maçonnerie et la communauté juive – II

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

Poursuivons notre réflexion. Si la première partie a mis en lumière l’histoire parfois tendue mais souvent féconde entre la Franc-maçonnerie et le judaïsme, il est temps d’entrer plus profondément dans la nature même de cette rencontre.Le judaïsme regorge de symboles d’une richesse et d’une profondeur exceptionnelles. L’Aleph-Bet, la Menorah, la Kabbale et la Torah constituent un véritable trésor de sagesse que la Franc-maçonnerie a su observer, respecter et intégrer, non pas pour les adopter religieusement, mais pour les transformer en outils initiatiques.

Loin de tout fanatisme, ces symboles sont étudiés avec le regard de l’initié qui cherche à comprendre plutôt qu’à croire.Car rappelons-le avec force : la Franc-maçonnerie n’est pas une religion. Elle n’a ni clergé, ni dogme, ni sacrements, ni promesse de salut. Depuis plus de trois cents ans, elle se consacre à la recherche de la vérité, à la conquête de la liberté intérieure et à l’éveil des consciences. La loge n’est pas une synagogue, et pourtant, pour de nombreux Juifs éclairés du XIXe siècle, elle a souvent représenté un espace unique où l’universalisme de la raison pouvait coexister, non sans tensions, avec l’attachement à une tradition ancestrale.

Symbole ou dogme : une distinction essentielle

Comment une institution qui se veut exempte de dogmes peut-elle intégrer autant de références issues du judaïsme biblique ? La réponse tient en une distinction fondamentale : le symbole n’est pas un dogme.

Dans la religion, le symbole est généralement sacré en lui-même. Dans la Franc-maçonnerie, il devient un instrument pédagogique, un support de méditation et d’introspection. Il est soumis à l’interprétation personnelle et à la réflexion individuelle. Ce qui est dogme dans un temple devient allégorie dans l’atelier maçonnique.

C’est pourquoi la Franc-maçonnerie a pu puiser largement dans le récit biblique – le Temple de Salomon, les colonnes Jakin et Boaz, la légende d’Hiram Abiff – sans jamais en faire des articles de foi. Ces éléments sont des outils destinés à éveiller la conscience, non à imposer une croyance.

Le Grand Architecte de l’Univers : un principe, non une personne

Cette distinction apparaît avec une particulière clarté dans la notion de « Grand Architecte de l’Univers ». Cette expression, souvent source de confusion, ne désigne pas un Dieu personnel tel que le conçoivent les religions révélées. Il s’agit d’un Principe : l’idée que l’univers n’est pas le fruit du hasard, qu’un ordre existe et que l’homme n’est pas la mesure ultime de toute chose.

Le Grand Architecte de l’Univers offre ainsi un cadre minimal et universel qui permet le dialogue entre hommes de cultures et de croyances différentes, sans imposer de théologie particulière.

Deux voies d’excellence humaine

Les 10 commandements
Les 10 commandements

On touche ici à la différence la plus profonde entre le judaïsme et la Franc-maçonnerie. Le judaïsme est une voie normative : il propose un code moral révélé, précis, communautaire, composé de 613 commandements. Il vise à sanctifier la vie quotidienne et à participer au perfectionnement du monde (tikkoun olam) sous la volonté divine. La Franc-maçonnerie, elle, est une voie initiatique et philosophique. Elle n’impose aucun code extérieur. Elle offre un chemin de découverte de soi à travers le questionnement, le symbole et l’expérience intérieure. Sa seule autorité suprême est la conscience éclairée par la raison et la réflexion.

Un Juif pratiquant peut donc être Franc-maçon sans contradiction profonde : à la synagogue, il suit la Loi de son peuple ; en loge, il travaille à l’éveil de sa conscience universelle. Les deux voies ne s’opposent pas, elles se complètent.

Redécouvrir la première partie de ce texte

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