mar 27 janvier 2026 - 02:01

B comme Buis en Franc-maçonnerie

Dans le symbolisme de la Franc-maçonnerie, le buis désigne un bois compact, dur et sonore, employé traditionnellement dans la fabrication des maillets utilisés par le vénérable maître et les surveillants lors des tenues en loge. Ce matériau n’est pas choisi au hasard : ses propriétés physiques en font un outil idéal pour produire un son clair et résonnant, marquant les étapes rituelles avec autorité. Par analogie, le buis est considéré dans le monde végétal comme l’équivalent de l’airain dans le monde des métaux, symbolisant la solidité inébranlable et la pérennité.

Au-delà de son usage pratique, le buis incarne des valeurs ésotériques profondes, évoquant la persévérance, l’immortalité et la protection contre les forces profanes, intégrant ainsi le règne végétal dans l’édifice symbolique maçonnique.

Propriétés physiques et usage rituel

Buis

Le buis, issu de l’arbuste Buxus sempervirens, est réputé pour sa densité exceptionnelle, sa dureté comparable à celle de l’ivoire et sa capacité à produire un son net et vibrant lorsqu’il est frappé. Ces qualités expliquent son emploi privilégié dans la confection des maillets maçonniques, instruments essentiels pour diriger les travaux en loge. Le vénérable maître utilise son maillet pour ouvrir et fermer les tenues, marquer les acclamations ou imposer le silence, tandis que les premier et second surveillants l’emploient pour relayer les ordres et maintenir l’ordre parmi les apprentis et compagnons. Le son produit par le buis, clair et résonnant, symbolise la transmission de la parole maçonnique, écho à la voix de l’autorité spirituelle qui guide les frères vers la lumière. Dans les rituels, ce bois assure une frappe précise sans endommager les surfaces, comme le pavé mosaïque ou les colonnes, renforçant son rôle fonctionnel tout en évitant toute dégradation symbolique du temple.

Historiquement, l’adoption du buis pour les maillets remonte aux origines opératives de la Franc-maçonnerie, où les outils des maçons médiévaux devaient allier robustesse et efficacité. Au 18e siècle, avec la transition vers la maçonnerie spéculative, ce choix s’enrichit d’une dimension symbolique : le buis, toujours vert même en hiver, évoque la constance et la vitalité éternelle, qualités indispensables au franc-maçon dans sa quête initiatique. Dans les loges, le maillet en buis n’est pas un simple objet ; il est transmis de vénérable à vénérable, portant les traces des générations passées, et son usure progressive rappelle la patience requise pour tailler la pierre brute.

Signification symbolique

Symboliquement, le buis transcende son aspect matériel pour représenter la fermeté morale et la persévérance spirituelle au sein de la Franc-maçonnerie. Comme l’airain – un alliage de cuivre et d’étain connu pour sa résistance et sa sonorité dans les cloches ou les instruments rituels – le buis incarne la solidité végétale, reliant le monde organique à l’inorganique dans une harmonie cosmique. Cette analogie souligne l’unité des éléments : le végétal (buis) pour la croissance intérieure, le minéral (airain) pour la structure éternelle. Dans les traditions ésotériques influençant la Franc-maçonnerie, comme l’hermétisme ou l’alchimie, le buis symbolise l’immortalité de l’âme, son feuillage persistant évoquant la vie qui triomphe de la mort, un thème récurrent dans les degrés initiatiques.

Sur un plan plus profond, le buis protège contre les influences négatives : dans les cultures anciennes, il était planté autour des lieux sacrés pour repousser les esprits maléfiques, une fonction transposée en Franc-maçonnerie où les maillets en buis maintiennent l’harmonie en loge, expulsant le désordre profane. Il évoque également la croix, par sa forme ramifiée, reliant au symbolisme chrétien latent dans certains rites maçonniques, où le buis des Rameaux symbolise l’espérance et la résurrection. Pour l’apprenti, frapper avec un maillet en buis enseigne la mesure : trop de force brise, trop peu n’agit pas, miroir de l’équilibre entre passion et raison.

Origine historique et évolution

L’usage du buis en Franc-maçonnerie trouve ses racines dans les guildes médiévales des tailleurs de pierre, où ce bois était prisé pour sa durabilité dans les outils de percussion. Les constitutions d’Anderson de 1723, fondatrices de la maçonnerie moderne, mentionnent implicitement des outils en matériaux nobles, et au 18e siècle, les loges anglaises et françaises adoptent le buis pour ses maillets, influencées par les traditions artisanales européennes. En France, sous l’Empire, les ateliers maçonniques intègrent ce bois dans leurs décors, le liant à l’héritage celtique et romain où le buis était sacré, dédié à des divinités comme Cybèle ou utilisé dans les rites funéraires pour symboliser l’éternité.

Au 19e siècle, avec l’essor des obédiences comme la Grande Loge de France, le buis devient standardisé dans les rituels, particulièrement au Rite écossais ancien et accepté, où sa sonorité renforce le dramatisme des cérémonies. Des auteurs maçonniques, tels que ceux du Lexique des symboles maçonniques, l’associent aux ternaires symboliques : pierre brute, cubique et polie, où le buis aide à la transformation. Aujourd’hui, bien que des matériaux synthétiques soient parfois utilisés, le buis reste privilégié dans les loges traditionnelles pour son authenticité.

Variations selon les rites et obédiences

Allégorie alchimique extraite de l’Alchimie de Nicolas Flamel, par le Chevalier Denys Molinier (xviiie siècle) et représentant les énergies conscientes et inconscientes se combinant pour guérir la personnalité

Les usages du buis varient selon les rites et obédiences, illustrant la diversité maçonnique. Au Rite français, rationaliste, le buis souligne l’aspect pratique et éthique, symbolisant la persévérance sans emphase mystique. Dans le Rite d’émulation anglo-saxon, sa sonorité théâtrale amplifie les invocations, évoquant l’autorité divine. Chez les Franc-maçonnes, dans les loges mixtes comme celles du Droit humain, le buis prend une connotation d’égalité : dur mais flexible, il représente la force inclusive, adaptant le symbolisme patriarcal à une fraternité universelle.

Dans les obédiences ésotériques influencées par le martinisme, le buis intègre des éléments alchimiques, son essence verte symbolisant la régénération spirituelle. Il est crucial de noter que, malgré ces variations, le buis reste inaltérable : les rituels insistent sur sa pureté, reflétant les principes d’intégrité et de non-corruption.

Influence culturelle et philosophique

Petit arbre qui pousse entre les mains
Petit arbre qui pousse entre les mains

Au-delà de la loge, le buis influence la culture maçonnique, apparaissant dans la littérature et les arts. Dans des ouvrages comme Le Symbolisme en franc-maçonnerie, il est analysé comme un lien entre nature et esprit. En fiction, des auteurs évoquent les maillets en buis pour capturer l’essence rituelle, soulignant son rôle dans l’initiation. Philosophiquement, il invite à méditer sur la dualité : dur extérieur, mais issu d’un arbuste vivace, il rappelle que la force maçonnique naît de la résilience intérieure. Pour les apprentis, le buis sert de rappel : comme il frappe pour ordonner, le franc-maçon doit frapper ses vices pour progresser.

Conclusion

En somme, le buis, bien que simple bois, encapsule l’essence opérative et spéculative de la Franc-maçonnerie. Compact, dur et sonore, il forge les maillets qui dirigent les travaux, symbolisant la persévérance et l’immortalité. Comparé à l’airain, il unit les règnes dans une quête harmonieuse. Ce matériau, transmis à travers les siècles, inspire les francs-maçons à cultiver une solidité intérieure, adaptant ses formes aux rites tout en préservant son cœur symbolique.

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