
La « bannière » en Franc-maçonnerie désigne un étendard ou un drapeau emblématique, souvent utilisé pour représenter une loge spécifique lors de cérémonies, de processions ou d’événements publics. Elle comporte généralement le nom de la loge, son obédience, la date de sa création et son « orient » (la ville ou le lieu où elle est implantée). Cet objet, fréquemment orné de symboles maçonniques tels que l’équerre, le compas, l’étoile flamboyante ou le delta lumineux, symbolise l’identité collective et l’héritage de la loge.

Utilisée de manière intensive au XIXe siècle, la bannière connaît un regain d’intérêt contemporain, revenant en usage dans de nombreuses obédiences pour marquer les anniversaires, les tenues solennelles ou les manifestations fraternelles. Contrairement à une bannière militaire ou civile profane, qui sert souvent de signe de ralliement politique ou national, en Maçonnerie, elle incarne des valeurs initiatiques : l’unité fraternelle, la continuité historique et la quête de lumière, tout en respectant la discrétion de l’Ordre.
Elle n’est pas un outil rituel obligatoire comme le maillet ou l’autel, mais un accessoire honorifique qui renforce le sentiment d’appartenance et préserve la mémoire collective des Maçons. La bannière est typiquement confectionnée en tissu riche (velours, soie ou satin), frangée d’or ou d’argent, et ornée de broderies symboliques. Son format varie, mais elle est souvent rectangulaire ou triangulaire, suspendue à une hampe pour être portée lors de défilés. Dans les loges modernes, elle peut être exposée dans le temple ou conservée dans les archives, servant de témoin visuel de l’histoire maçonnique.
Origines historiques et évolution

Les origines de la bannière maçonnique remontent aux guildes opératives médiévales, où les corporations de bâtisseurs utilisaient des étendards pour identifier leurs chapitres lors de fêtes ou de processions religieuses. Ces bannières, souvent décorées de symboles professionnels comme des outils de construction, symbolisaient l’unité et la fierté corporative. Avec la transition vers la Maçonnerie spéculative au XVIIIe siècle, cet usage évolue : les premières Grandes Loges, comme celle d’Angleterre en 1717, adoptent des bannières pour marquer leurs assemblées, influencées par les traditions héraldiques et militaires de l’époque.

C’est au XIXe siècle que la bannière connaît son apogée en Franc-maçonnerie, particulièrement en France et en Europe continentale. Sous l’Empire napoléonien et la Restauration, les loges, souvent liées à des régiments ou à des sociétés philanthropiques, les utilisent pour affirmer leur présence publique lors de banquets ou de cérémonies commémoratives. Des auteurs comme Jean-Marie Ragon, dans ses ouvrages sur les rituels (vers 1830-1850), mentionnent les bannières comme éléments de décoration lors des tenues solennelles, ornées de devises comme « Liberté, Égalité, Fraternité » ou des symboles alchimiques. Cette période coïncide avec l’essor des obédiences comme le Grand Orient de France (GOdF), où les bannières servent à afficher l’allégeance et à commémorer les fondations de loges.

Au XXe siècle, avec les persécutions (comme sous Vichy en France ou les dictatures en Europe), l’usage décline pour des raisons de discrétion, mais il renaît post-Seconde Guerre mondiale dans les obédiences régulières. Aujourd’hui, la bannière revient en usage, notamment dans les rites comme le REAA ou le Rite Français, pour des événements comme les jubilés ou les conventions obédientielles. Des obédiences mixtes comme le Droit Humain ou libérales comme le GOdF les intègrent pour promouvoir l’inclusivité, avec des designs modernes incorporant des thèmes humanistes. Cette évolution reflète un équilibre entre tradition et adaptation contemporaine, où la bannière n’est plus seulement historique mais un outil de communication visuelle.
Symbolisme profond

Symboliquement, la bannière incarne l’identité et l’unité de la loge, servant de « blason » maçonnique qui synthétise son essence spirituelle et historique. Le nom de la loge évoque son individualité, l’obédience son rattachement à une tradition plus large, la date de création sa pérennité, et l’orient sa localisation symbolique (par exemple, « Orient de Paris » pour une loge parisienne, rappelant l’Orient comme source de lumière). Ces éléments forment un « mandala » maçonnique, où la bannière représente la chaîne d’union verticale (entre passé et présent) et horizontale (entre Frères).

Ésotériquement, elle symbolise la « bannière de la lumière » contre les ténèbres du profane, inspirée des bannières bibliques (comme dans l’Exode) ou alchimiques (le drapeau comme étendard de transmutation). Oswald Wirth y voit un rappel à la vigilance morale, il le lie à l’héraldique initiatique, où les couleurs (bleu pour la spiritualité, or pour la sagesse) et motifs (étoile flamboyante pour l’illumination) guident le Maçon vers la perfection. Psychologiquement, elle renforce le sentiment d’appartenance, aidant à surmonter l’ego individuel au profit du collectif. Dans une perspective humaniste, elle incarne les valeurs républicaines ou universelles, comme la tolérance, particulièrement dans les obédiences libérales.
La frange d’or ou les broderies symbolisent souvent la « lumière bordée d’or », évoquant la quête de sagesse sans ostentation. Globalement, la bannière est un symbole dynamique, flottant comme l’esprit maçonnique en mouvement vers l’idéal.
Le rituel associé à la bannière

Dans les rituels, la bannière est portée par un porte-étendard (souvent un officier comme l’Hospitalier) lors des processions d’ouverture ou de fermeture des tenues, symbolisant l’entrée en espace sacré. Lors d’initiations ou d’élévations, elle peut être dévoilée pour marquer l’accueil du nouveau membre, avec une batterie d’acclamation. Dans les hauts grades du REAA, elle figure dans les cérémonies commémoratives, rappelant la légende d’Hiram.
Historiquement, au XIXe siècle, les bannières étaient déployées lors de banquets ou de marches fraternelles, avec des toasts rituels. Aujourd’hui, dans des événements comme les conventions obédientielles, elle est hissée avec une invocation au G.A.D.L.U., renforçant l’unité. Le rituel de confection est solennel : une commission de la loge dessine les symboles, souvent bénis lors d’une tenue spéciale.
Importance initiatique et applications contemporaines

La bannière est initiatiquement importante, car elle ancre l’identité de la loge dans la tradition, favorisant le sentiment de continuité et de fraternité. Elle enseigne l’humilité collective : la loge n’est pas isolée mais partie d’un tout obédientiel. Dans un contexte moderne, elle sert à contrer l’antimaçonnisme en affichant publiquement des valeurs positives lors d’événements ouverts, comme des conférences ou des œuvres philanthropiques.
Avec le renouveau actuel, des loges numériques ou internationales adaptent les bannières en versions digitales pour des tenues virtuelles, mais la tradition physique persiste pour son impact tactile. Elle contribue à la mémoire maçonnique, comme dans les musées (ex. : Musée de la Franc-Maçonnerie à Paris rue Cadet), où des bannières du XIXe siècle témoignent de l’histoire.
Conclusion
En somme, la bannière en Franc-maçonnerie est un étendard symbolique et historique, représentant l’identité et l’unité d’une loge avec son nom, obédience, date de création et orient. Populaire au XIXe siècle et revenant en usage, elle incarne la fierté fraternelle et la quête initiatique. De ses racines opératives à ses adaptations contemporaines, elle reste un pilier visuel de l’Ordre, invitant les Maçons à rallier les valeurs éternelles. Pour approfondir, consultez des ouvrages sur les décors maçonniques ou des collections obédientielles.

