
Dans le riche vocabulaire de la Franc-maçonnerie, le terme « attributs » désigne principalement les décors et bijoux portés par les dignitaires maçonniques, ces éléments symboliques qui matérialisent les responsabilités, les vertus et les fonctions au sein de la loge. Ces attributs englobent à la fois les bijoux immobiles – tels que la pierre brute (associée à l’Apprenti), la pierre cubique (au Compagnon) et la planche à tracer (au Maître) – et les bijoux mobiles, comme l’équerre, le niveau et la perpendiculaire, qui sont transmis lors des changements d’officiers.
Au-delà de leur aspect ornemental, les attributs incarnent l’essence initiatique de la maçonnerie : ils représentent les outils spirituels et moraux nécessaires à la construction du temple intérieur, symbolisant l’évolution de l’initié vers la perfection. Portés avec solennité, ils rappellent aux maçons leurs devoirs fraternels et leur engagement envers les principes universels de sagesse, force et beauté, formant ainsi un lien tangible entre le profane et le sacré.

Étymologie et Définition PréciseLe mot « attributs » dérive du latin attributum, signifiant « Ce qui est attribué » ou « assigné », évoquant l’idée d’éléments conférés à une personne en raison de sa position ou de ses qualités. En contexte maçonnique, il est souvent employé pour englober les insignes, décors et bijoux qui distinguent les officiers de la loge. Selon les rituels traditionnels, les attributs ne sont pas de simples ornements mais des symboles actifs, transmis rituellement pour signifier la passation de responsabilités. Par exemple, dans le Vocabulaire de la franc-maçonnerie, les attributs sont définis comme les décors et bijoux d’un dignitaire, incluant les sautoirs, baudriers et pendentifs qui marquent les offices spécifiques.

Cette définition double – à la fois matérielle et symbolique – souligne leur rôle dans la hiérarchie maçonnique : ils attribuent non seulement un rang, mais aussi des vertus morales à cultiver. Les bijoux, un sous-ensemble clé des attributs, se divisent en deux catégories principales : les « bijoux immobiles » et les « mobiles ». Les immobiles sont des objets fixes placés dans le temple, représentant les étapes initiatiques : la pierre brute symbolise l’état initial de l’Apprenti, imparfait et à tailler ; la pierre cubique évoque la perfection géométrique du Compagnon ; et la planche à tracer incarne la maîtrise du plan divin chez le Maître.
Les mobiles, quant à eux, sont portés par les officiers et transmis lors des installations annuelles, comme l’équerre pour le Vénérable Maître (symbole de rectitude), le niveau pour le Premier Surveillant (équilibre) et la perpendiculaire pour le Second Surveillant (droiture). Cette transmission rituelle renforce le sens de continuité et de fraternité, où chaque attribut est un legs symbolique.
Origines historiques

Les attributs maçonniques trouvent leurs racines dans les guildes opératives médiévales, où les maçons artisans portaient des insignes pour identifier leur rang et protéger leurs secrets professionnels. Au Moyen Âge, les corporations de bâtisseurs utilisaient des outils comme l’équerre et le compas non seulement pour construire des cathédrales, mais aussi comme emblèmes de compétence et de moralité. Avec la transition vers la maçonnerie spéculative au XVIIe siècle, ces objets ont été spiritualisés : les « Constitutions d’Anderson » de 1723, fondatrices de la Grande Loge d’Angleterre, codifient les premiers attributs comme symboles de vertus, inspirés des légendes bibliques du Temple de Salomon.
En France, l’influence jacobite écossaise au XVIIIe siècle a enrichi ces pratiques, intégrant des éléments chevaleresques et ésotériques. Des documents historiques, comme ceux des « Old Charges », mentionnent des « joyaux » (jewels en anglais) portés par les officiers pour signifier leur autorité, évoluant des outils pratiques vers des symboles philosophiques. Au XIXe siècle, avec l’essor des rites comme le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), les attributs se diversifient, incorporant des motifs alchimiques ou hermétiques, reflétant l’évolution de la maçonnerie d’une confrérie artisanale à une société initiatique. Historiquement, ces attributs ont servi lors de périodes de clandestinité, comme sous la Révolution française, où ils identifiaient discrètement les frères dans des contextes hostiles.
Description et fonctionnement par offices et grades
Les attributs varient selon les offices et les grades, formant un système codifié qui reflète la structure hiérarchique de la loge. Sans divulguer les secrets rituels, on peut décrire leur attribution générale :

- Pour les Officiers Principaux : Le Vénérable Maître porte l’équerre en pendentif, symbole de justice et de rectitude morale, suspendue à un sautoir bleu ou pourpre. Le Premier Surveillant arbore le niveau, représentant l’équité et l’harmonie fraternelle, tandis que le Second Surveillant porte la perpendiculaire (ou fil à plomb), évoquant la droiture et la profondeur spirituelle. Ces bijoux mobiles sont transmis lors de la cérémonie d’installation, marquant la passation de pouvoir.
- Autres Dignitaires : Le Trésorier porte des clés croisées, symbolisant la garde des biens et la confiance ; le Secrétaire, une plume ou un livre, pour la sagesse et la mémoire ; l’Hospitalier, une bourse ou un cœur, pour la charité. Le Couvreur, gardien du temple, peut arborer une épée, emblème de protection. Dans les grades supérieurs, comme au Royal Arch, les attributs incluent des joyaux plus élaborés, tels que le triple tau ou des couronnes, symbolisant l’unité divine.
- Bijoux Immobiles par Grades : Placés sur l’autel ou dans le temple, ils guident l’initiation : la pierre brute pour l’Apprenti (travail sur soi), la cubique pour le Compagnon (perfection), et la planche pour le Maître (conception spirituelle). Leur présence est essentielle aux tenues, où ils sont « activés » rituellement.
En pratique, lors des tenues, les attributs sont portés sur des cols ou des baudriers, et leur échange symbolise le renouvellement annuel de la loge. Dans les rites continentaux, ils intègrent souvent des éléments laïcs, tandis que les rites anglo-saxons les rendent plus formels.
Importance et symbolisme

Les attributs ne sont pas anodins ; ils portent un symbolisme profond, reliant le maçon à des archétypes universels. L’équerre évoque la loi morale et l’équité, le niveau l’égalité fraternelle, et la perpendiculaire la descente vers les profondeurs intérieures. Collectivement, ils représentent la construction du « temple idéal », où chaque outil est une vertu à maîtriser. Ésotériquement, ils s’apparentent aux symboles alchimiques : la pierre brute est le chaos primal, la cubique l’or philosophal. Leur port renforce l’identité maçonnique, rappelant le serment d’humilité et de service. Rituellement, ils marquent les transitions : lors des initiations, ils guident le profane ; aux funérailles, ils honorent le frère défunt. Leur symbolisme invite à une introspection continue, transformant l’attribut matériel en outil spirituel.
Variations selon les Obédiences et Rites

Kagaoua — Travail personnel
Les attributs diffèrent par obédience : au Grand Orient de France (GODF), ils sont plus rationalistes et minimalistes ; à la Grande Loge de France (GLDF), influencée par le REAA, ils intègrent des motifs spirituels comme le delta lumineux. Les obédiences mixtes, comme Le Droit Humain, adaptent les bijoux pour les sœurs, conservant le symbolisme tout en promouvant l’égalité. Aux États-Unis, les « jewels » incluent souvent des éléments patriotiques, comme l’aigle pour les hauts grades. Historiquement, des schismes ont modifié ces codes pour éviter les imitations.
Conclusion
En résumé, les attributs constituent un fondement de la Franc-maçonnerie, alliant forme et substance pour guider l’initié vers l’élévation morale. Ils rappellent que la maçonnerie est une voie active, où chaque bijou est un miroir des vertus intérieures. Pour le chercheur, explorer les attributs c’est dévoiler le cœur symbolique de l’ordre : des outils pour bâtir non seulement des temples, mais des âmes éclairées.

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