dim 31 août 2025 - 16:08

Certitude ou Vérité : un voyage initiatique entre doute et sagesse

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

Dans l’ombre vacillante des chandelles d’une loge ou sous la lumière crue de nos questionnements modernes, une interrogation résonne avec une force intemporelle : la certitude est-elle la vérité, ou un voile qui nous éloigne de celle-ci ? Inspiré par l’épître aux Hébreux (11:1) –

« La foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas »

Ce texte explore ce duel philosophique, religieux et psychologique, avec un regard particulier porté sur la franc-maçonnerie. Alors que le monde vacille entre certitudes imposées et doutes salvateurs, plongeons dans cette quête de sens où l’humilité et la raison tracent le chemin vers la lumière.

Une relativité universelle

Portrait d’Albert Einstein (Photo d’Oren Jack Turner, Princeton, N.J.)

Nous vivons dans un monde où tout est relatif. Albert Einstein, avec sa théorie de la relativité, a bouleversé notre perception de l’espace et du temps, prouvant que même les lois physiques sont malléables. Les juristes interprètent les lois humaines, les philosophes dissèquent les mots, et pourtant, quand quelqu’un parle avec une assurance inébranlable, nous sommes tentés de le croire. Mais de quelle certitude parlons-nous si tout est sujet à révision ? Cette question, fascinante, traverse les sphères religieuses, où la foi s’appuie sur l’invisible, philosophiques, où le doute est roi, et psychologiques, où la certitude devient un outil de persuasion.

La certitude : un masque d’autorité

Dans le discours quotidien, la certitude projette une aura de pouvoir. Un patron qui hésite perd son autorité ; un politicien qui doute est vite écarté. Cette illusion de vérité, souvent déguisée en commandement, sert à manipuler, à dominer. Dans les arènes politiques et exécutives, elle est récompensée, tandis que le doute est perçu comme une faiblesse. Les religions, parfois, encouragent cette posture, étouffant l’esprit critique des fidèles. Pourtant, comme le rappelle l’inscription du temple de Delphes – « Je sais seulement que je ne sais rien » –, cette certitude peut masquer une ignorance profonde.

La vérité : une quête au-delà des opinions

La Vérité
La Vérité

Contrairement à la certitude, la vérité échappe aux qualifications et aux opinions. Elle est, simplement. Mais comment y accéder ? La franc-maçonnerie, loin de s’ancrer dans des dogmes, privilégie le doute comme moteur de la connaissance. Son enseignement central – l’existence d’un « Être supérieur » – n’est pas une certitude imposée, mais une intuition à explorer. En méditant sur les symboles – l’équerre, le compas, la pierre brute –, le maçon transcende la raison pour atteindre l’intuition, cet « organe spirituel » qui guide vers la lumière. Ici, la certitude cède la place à une quête humble et ouverte.

Le doute : porte d’entrée de la sagesse

Friedrich Nietzsche

Socrate, avec son humilité intellectuelle (« Je sais seulement que je ne sais rien »), et Nietzsche, critique des certitudes dogmatiques, nous enseignent que le doute est le berceau de la connaissance. Une étude de l’Université Harvard (2019) révèle que ceux qui utilisent des mots comme « peut-être » ou « probablement » inspirent davantage de confiance à long terme. La science elle-même progresse en remettant en question ses acquis, proclamant à chaque découverte : « Voilà ce que nous savons jusqu’à présent. » Ceux qui en savent le moins s’accrochent aux certitudes avec une précision aveugle, tandis que la sagesse s’épanouit dans la reconnaissance de ses limites.

Certitude et humilité : un équilibre délicat

La mesure du doute - Détail de La Rencontre : un rempart contre les dogmes ? © Stefan von Nemau
La mesure du doute – Détail de La Rencontre : un rempart contre les dogmes ? © Stefan von Nemau

À première vue, certitude (conviction absolue) et humilité (acceptation de l’ignorance) semblent opposées. Une certitude sans humilité glisse vers l’arrogance et le fanatisme, tandis qu’une humilité sans ancrage devient inefficace. Jorge Luis Borges le dit avec éclat : « Le doute est l’un des noms de l’intelligence. » La véritable sagesse réside dans un équilibre dynamique : savoir quand s’appuyer sur une certitude pour agir, et quand laisser le doute ouvrir de nouvelles portes. En loge, cette danse entre les deux façonne l’initié, qui apprend à tailler sa pierre avec assurance mais sans présomption.

Enjeux initiatiques pour les Francs-maçons

Pour le maçon, ce débat est une invitation à l’introspection. La certitude, si elle manipule dans le monde profane, doit être tempérée en loge par le travail symbolique. Le Fil à Plomb, ancré dans la gravité, rappelle l’alignement avec le réel, tandis que le doute, comme le Réseau Activateur, ouvre à de nouvelles perspectives. Les symboles – V.I.T.R.I.O.L., l’équerre – enseignent que la vérité émerge du questionnement, non de l’imposition. Face aux défis modernes – désinformation, polarisation –, la franc-maçonnerie peut guider vers une sagesse qui allie action et humilité, rejetant l’arrogance pour embrasser l’évolution.

Une réflexion contemporaine

Alors que les réseaux sociaux amplifient les certitudes tranchantes, cette leçon résonne avec urgence. Les leaders qui s’accrochent à des vérités figées risquent de nous éloigner de la lumière. En revanche, ceux qui osent douter, comme les scientifiques revisitant leurs théories, tracent un chemin vers l’avenir. La Franc-maçonnerie, avec son appel à l’intuition et à la fraternité, offre un refuge où la quête de vérité prime sur l’illusion de la certitude.

Vers une Lumière humble

Certitude ou vérité ? Ni l’une ni l’autre ne s’impose seule. La franc-maçonnerie nous enseigne que la sagesse naît de l’harmonie entre une certitude ancrée dans l’expérience et un doute qui éclaire le chemin.

Comme Socrate, osons dire « Je ne sais rien » pour mieux apprendre. Que cette réflexion inspire vos travaux en loge et au-delà – la lumière jaillit de l’humilité !

Sources :

Épître aux Hébreux (11:1), Harvard Study (2019), pensées de Socrate, Nietzsche, Borges.

La suite demain… même heure

1 COMMENTAIRE

  1. C’est la richesse de la f.m. Nous laisse pratiquer nos intuitions à travers les symboles de construction, et une loge n’est jamais un lieu de dogme, de vérité assénée, de certitude subie de la part d’un ayatollah qui pense tout savoir…

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Alice Dubois
Alice Dubois
Alice Dubois pratique depuis plus de 20 ans l’art royal en mixité. Elle est très engagée dans des œuvres philanthropiques et éducatives, promouvant les valeurs de fraternité, de charité et de recherche de la vérité. Elle participe activement aux activités de sa loge et contribue au dialogue et à l’échange d’idées sur des sujets philosophiques, éthiques et spirituels. En tant que membre d’une fraternité qui transcende les frontières culturelles et nationales, elle œuvre pour le progrès de l’humanité tout en poursuivant son propre développement personnel et spirituel.

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