mar 01 avril 2025 - 01:04

Foi et Franc-maçonnerie : paradoxe ou convergence ?

De notre confrère portuguais observador.pt – Par Eduardo Moreira da Silva

Les institutions si importantes dans la formation de la pensée occidentale doivent surmonter les antagonismes artificiels et embrasser un dialogue profond sur la condition humaine.

Cet article n’a pas pour but de défendre qui que ce soit, et encore moins d’attaquer qui que ce soit. Il s’agit d’une analyse qui place la philosophie dans son rôle de créatrice de concepts, cherchant à dépasser les débats superficiels et dénués de sens.

L’idée répandue d’une prétendue incompatibilité entre la franc-maçonnerie et le christianisme n’est pas nouvelle, surtout dans le contexte du catholicisme. Si, d’un côté, l’Église catholique et certaines branches protestantes maintiennent leur position de rejet envers la franc-maçonnerie, de l’autre, on sait que, dans plusieurs loges maçonniques, l’adhésion exige que le candidat affirme sa foi en un Dieu révélé.

Au lieu de répéter des arguments intemporels et souvent creux, il est important de se demander – en s’appuyant sur l’expérience humaine – s’il existe en fait une réelle incompatibilité entre ces deux réalités.

Fotografi efter blyantstegning udført ca. 1840 af N. C. Kierkegaard

Je commence par citer Søren Kierkegaard, l’auteur qui a écrit un livre pour expliquer qu’il n’était pas seulement un philosophe ou un écrivain esthétique, mais plutôt un auteur religieux dont le but est d’aider les individus à devenir de vrais chrétiens : « Om min Forfatter-Virksomhed » (traduit en portugais par « Point de vue explicatif de mon travail d’écrivain »). Pour Kierkegaard, être chrétien ne consiste pas en une simple adhésion institutionnelle, mais en une tâche existentielle qui exige une décision et un engagement personnels, dans un contexte où l’expérience de la foi est souvent négligée.

Cette approche valorise l’expérience individuelle et le choix existentiel, contrastant avec les points de vue qui cherchent à comprendre le christianisme à travers des systèmes rationnels et objectivants. Ce qui compte vraiment, c’est la pratique personnelle du christianisme, qui se traduit par un engagement éthique et spirituel intrinsèquement humain.

Kierkegaard critique également le concept de « christianisme » comme un obstacle à la vraie foi. Selon lui, en institutionnalisant la religion, la société transforme le christianisme en un ensemble de rituels et de doctrines dépourvus de l’élément vital – l’engagement personnel envers Dieu. Pour lui, la foi n’est pas un simple exercice rationnel, mais un paradoxe existentiel qui exige un saut qualitatif – un abandon radical au sacré, révélé dans l’expérience authentique de l’existence, dans la tension entre la finitude et ce qui la transcende.

Cette perspective nous rappelle les paroles du Christ dans le Sermon sur la montagne :

« Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est là dans le lieu secret. Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » 

(Matthieu 6:6, traduction de Frederico Lourenço)

Nous trouvons ici l’appel à une expérience intime et directe de la foi, libre des dogmes et des systèmes théologiques. Saint Augustin exprime une idée similaire lorsqu’il affirme : « Si tu as compris, tu n’es pas Dieu » (Si comprehendis, non est Deus, sermon 117,3). En d’autres termes, le divin n’est pas saisi à travers des formulations rationnelles ou des systèmes théoriques, restant mystérieux et vivant dans l’expérience personnelle.

Si, en abandonnant les dogmes au profit d’une foi authentique et existentielle, on comprend que le christianisme assume une dimension essentiellement personnelle, il devient évident qu’il n’y a pas d’incompatibilité fondamentale entre la franc-maçonnerie et le christianisme. Tous deux partagent un chemin éthique qui transcende le simple rituel, basé sur l’expérience directe du sacré.

Dans une Europe en quête désespérée d’identité, il est impératif de cartographier l’histoire – non pas au sens traditionnel du terme, mais à la lumière du nouveau matérialisme, qui propose une approche dynamique, relationnelle et non linéaire, centrée sur les interactions et les forces qui façonnent la réalité. Ainsi surgit le paradoxe de la foi : une tension entre le matériel et le transcendant qui se révèle comme un élément constitutif de la sagesse nécessaire à la reconstruction de l’essence occidentale, par opposition à la sagesse fondée sur le conformisme. De cette façon, les institutions si importantes dans la formation de la pensée occidentale doivent surmonter les antagonismes artificiels et embrasser un dialogue profond sur la condition humaine, nous mettant au défi de transcender les limites du fini.

5 Commentaires

  1. La FOI est un sentiment de CONFIANCE. Ne dit-on pas : “j’ai foi en cet homme “(j’ai confiance en lui). La croyance, c’est autre chose . Je crois que cet homme est honnête, c’est pour cela que j’ai confiance lui….

  2. Étant de religion musulmane, et d’après les thèmes abordés sur ce groupe ; je crois réellement qu’il n’y pas d’antagoniste entre les religions et la franc maçonnerie

    • L’Emir Abdelkader : Franc-maçon, Musulman et parfois Chrétien. :
      « Tantôt tu me vois musulman et quel musulman !
      Parfaitement sobre et pieux, humble et toujours suppliant
      Tantôt tu me vois courir vers les églises,
      serrer fort une ceinture sur mes reins
      Je dis « au nom du Fils » après « au nom du Père » et par l’Esprit
      L’Esprit saint : c’est là l’effet d’une quête et non d’une duperie !
      tantôt dans les écoles juives tu me vois enseigner
      Je professe la Tora et leur montre le bon chemin… »

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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