dim 28 novembre 2021 - 19:11

ITALIE : « LES MYTHES FONDATEURS DE LA FRANC-MAÇONNERIE » (Entretien avec les professeurs Nicolai et Pruneti)

De notre confrère italien L’OPINION DES LIBERTÉS – Interview de Pierpaola Meledandri

Professeur Maria Concetta Nicolai (*) , qu’est-ce que le groupe d’étude « Ninnia Primilla » et pourquoi porte-t-il ce nom ?

La Ninnia Primilla est en fait une loge appartenant à l’ Ordre maçonnique Traditionnel Italien, composée uniquement de sœurs qui se présentent au monde profane comme un groupe d’étude de la condition féminine dans les mythes et la culture classique. Il tire son nom d’une pierre tombale d’une jeune prêtresse de Cérès qui vécut dans les Abruzzes à la fin du IIe siècle av.

Professeur Nicolai, que la franc-maçonnerie doit-elle à la composante mythologique ?

Si ce n’est toute la structure, du moins la philosophie qui la soutient. Après tout, la Franc – Maçonnerie , après avoir réuni, comme dans un grand récipient, les mythes que l’humanité a produits à diverses époques et cultures, et après les avoir traduits dans le langage symbolique universel, a inventé un immense théâtre de l’imaginaire, où l’initié, dans son hic et nunc très personnel et irremplaçable, est le héros, protagoniste de toutes les histoires qui y sont représentées. En réalité, chaque situation est une navigation avec le navire des Argonautes à la conquête de la Toison d’Or .

Professeur Nicolai, parmi les divers mythes maçonniques, lequel trouvez-vous le plus actuel et le plus fascinant ?

Celui qui est peut-être le moins visible, tant il est caché par la lumière de l’étoile pythagoricienne et l’allégorie de l’homme de Vitruve. Je parle de l’homo faber qui « a la beauté de l’imagination, ajoute la force de l’intellect » un archétype qui accompagne l’évolution humaine depuis ses débuts. Le passage de la Perpendiculaire au Niveau, qui symbolise l’élévation au rang de compagnon a, signifie projeter l’œuvre de la dimension sensible de la technè, à la dimension métaphysique du sacré qui caractérise la création. En un mot, parmi tous les rituels, celui que je préfère, est celui de compagnon avec ses codes et ses enseignements. D’ailleurs, Gilbert Durand se pose comme le premier mythe fondateur de la franc-maçonnerie celui de la reconstruction permanente du Temple .

Professeur Nicolai, les mythes maçonniques correspondent-ils à des archétypes et si oui lesquels ?

Les mythes sont nés précisément pour répondre aux archétypes que l’homme a en lui, et ils le font très bien depuis de nombreux siècles. Si je devais dire quels mythes répondent directement aux archétypes de l’homme occidental, alors je dois avoir recours aux mythes préhelléniques, annoncés dans les hymnes orphiques et dans la Théogonie d’Hésiode, comme Phánēs, le premier né de l’œuf cosmique et Gaïa qui engendre seule ses fils.

Professeur Nicolai, quelle lecture anthropologique Durand propose-t-il du célèbre mythe de l’architecte Hiram ?

Celui de la mort injuste. Et en ce sens, toujours selon Durand, plus qu’à celui d’Osiris ou des nombreuses divinités mortes et ressuscitées, ou enfin de Jacques de Molay évoquée par la vulgate maçonnique, les très catholiques Jacobites, qui dans la première moitié du XVIIIe siècle en ont fait l’élément central du rite écossais ancien et accepté , en s’inspirant directement de celle du Christ .

Professeur Nicolai, quel rapport existe-t-il entre mythe et symbolisme ?

Le symbole est le langage iconique et universel du mythe. La relation est née de la primauté absolue du mythe sur le symbole. A titre d’exemple, les nombreux symboles du travail qui ont traversé l’anthropologie politique du XIXe siècle n’auraient pas eu la même valeur universelle, s’ils n’étaient tous issus du mythe de l’homo faber, en premier lieu de celui de Prométhée pour nous Occidentaux. .

Professeur Nicolai, selon vous, égalité et hiérarchie peuvent-elles cohabiter ?

A condition que les notions d’égalité et de hiérarchie soient bien comprises. L’égalité n’est pas une homologation horizontale, dépourvue de toute identité individuelle, et la hiérarchie n’est pas une position de pouvoir, mais la première est la valeur universelle de l’humanité et la seconde indique les étapes d’un cheminement personnel au sein d’une certaine communauté qui le reconnaît et le partage.

Professeur Luigi Pruneti, pourquoi avoir donné à votre préface un titre très original : « Durand et le chaman » ?

Car la conception de Durand de la franc-maçonnerie me rappelle un peu la conception cosmologique chamanique de l’univers : un pilier central, un poteau, un arbre qui soutient la création. Pour Durand, cette épine dorsale est le mythe. De plus, les chamanes croient que, grâce à un soutien central, ils sont autorisés à visiter les trois royaumes. De même Durand, à travers le mythe, explore toute la planète maçonnique. Les chamanes utilisent le tambour pour voler, Durand, l’anthropologie et sociologie culturelle.

Professeur Pruneti, Durand et Guénon, deux noms célèbres, deux auteurs importants pour la Franc-Maçonnerie. Qu’est-ce qui les unit et qu’est-ce qui les sépare ?

Tous deux sont des traditionalistes qui dénoncent la décadence de l’Occident, souffrant de dérives en tous genres et de perte d’identité, alors entre la conception traditionnelle de Guénon et celle religieuse de Durand, il y a certaines différences.

Professeur Pruneti, dans votre préface vous déclarez être en désaccord avec Durand sur l’interprétation de la franc-maçonnerie. Vous avez écrit, en effet : « La franc-maçonnerie n’est pas seulement celle mythologie et sacrée de Durand, mais aussi l’«acide », rationaliste et valorisant avec une empreinte des Lumières et positiviste. Quelle est votre conception de la Franc-Maçonnerie « qui vous permet de comprendre le présent et de regarder vers l’avenir, sans oublier le passé » ?

Durand a une conception monolithique de la franc-maçonnerie, mythologique et sacrée, il en exclut la version rationaliste, « froide », fille des Lumières et du positivisme. Cette dernière, en revanche, est une maçonnerie libre à part entière ; une vision n’exclut pas l’autre. La franc-maçonnerie est d’abord confrontation, coexistence des diversités, dans une vision dynamique du devenir de l’homme et de la société.

Les mythes fondateurs de la Franc-Maçonnerie Gilbert Durand, organisé par le Groupe d’ étude  » Ninnia Primilla  » , Introduction par Maria Concetta Nicolai, préface de Luigi Pruneti, – Mimesis Édition / La Flûte enchantée , 177 pages , 18 euros.

(*) Après avoir obtenu une licence en lettres classiques, puis une spécialisation en histoire des religions , obtenue à l’ Institut d’études supérieures du Tessin (Lugano 1971-1973) et spécialisation en anthropologie culturelle des sociétés complexes , (Université Sapienza, avec Tullio Tentori 1989 ) elle s’est consacrée à l’enseignement, à la recherche et à l’édition, en tant que rédactrice en chef de Rivista D’Abruzzo et directrice éditoriale de la maison d’édition Menabò. elle a à son actif de nombreuses publications relatives à l’anthropologie religieuse ( cent cinquante fêtes antiques, pain des hommes, pain de Dieu, un saint pour chaque clocher, etc.). Parmi ses dernières œuvres se trouve la première traduction italienne et le commentaire de « Les mythes fondateurs de la Franc-maçonnerie » (Éditions Dervy, Paris 2002) de Gilbert Durand et parmi celles en préparation Le rôle des femmes dans le contexte des religions ésotériques du monde antique.

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